STANCES D'AMAURY
El l'Univers, qui, dans son large tour. Voit courir tant de mers et fleurir tant de terres, Sans savoir où tomber, tombera quelque jour' Mavnaud.
Volupté, Volupté traîtresse, Qui toujours reviens et séduis, Qui, sur le soir de la jeunesse, Encore appesantis mes nuits;
Qui n'as qu'à vouloir ton esclave, Et, comme autrefois, l'enlaçant, Fais fuir l'étude déjà grave Et le calme recommençant;
Désastre, amertume et ruine, Plaie à des flancs toujours rouverts, Si j'ai senti ton mal qui mine Et tous les dons que tu nous perds,
Oh! du moins, Volupté fntale.
Il est en toi de grands secrets' Car trop d'innocence s'exhale Souvent en trop joyeux attraits;
De ton délire une âme avare Garde à tout des voiles plus beaux:
Et, comme an printemps qui répare, Des (leurs dérobent les tombeaux.
Chaque illusion renaît vite Au cœur sobre et longtemps sevré ; On aime, on s'enchante, on s'irrite; On renage au fleuve azuré.
Oh! du moins, Volupté pâlie, Tu romps toute fausse lueur; Par toi, quelle mélancolie, Reflet plus vrai, sinon meilleur !
Comme, après la mordante rage Et tes vifs aiguillons passés, Dans la langueur qui suit l'outrage, Le lendemain des sens lassés,
Oh! comme alors la vue errante Saisit le monde en un vrai jour !
Quelle lumière indifférente Glisse, pénètre tour à tour,
Ote son fard à chaque aurore, Nous fait voir au changeant tableau La fleur mourir après éclore, Et le gravier dans la belle eau '
Comme on sent la mort sous la vie!
Comme on n'épouse aucune ardeur !
Comme le peu que signifie, Entêté de sa propre odeur,
L'orgueil humain avec ses haines, Et les mensonges des partis, Et tant d'assertions hautaines, Ne nous sont que bruits amortis !
Quelle lente et ferme sagesse Vaudrait pour son plus chaste amant Ce jour aisé qui nous caresse Comme un astre pâle et clément,
Comme un astre sans étincelle, Sans terreur ni feux courroucés, Mais funèbre, et qui nous révèle La fin des mondes commencés ?
Penser rêveur et non morose, Et qui nous incline à la mort !
Tendre tiédeur qui nous dispose Et qui détache sans effort !
Oh ! sous le couchant qui s'abaisse,
Ces soirs des jours voluptueux,
Avec douceur, avec tristesse,
L'œil en pleurs, comme on consent mieux,
Comme on consent, de la colline, A descendre aussi pas à pas Le déclin où tout s'achemine, La pente où ne manquera pas
Tout ce qui fut beau, ce qu'on aime, Objets légers, êtres plus cbers, Pyrrha, Lydé, Laure elle-même, Où va lui-même l'Univers !
SONNET
J'étais un arbre en fleur où chantait ma Jeunesse, Jeunesse, oiseau charmant, mais trop vite envolé, Et même, avant de fuir du bel arbre effeuillé, 11 avait tant chanté qu'il se plaignait sans cesse.
Mais sa plainte était douce, et telle en sa tristesse
Qu'à défaut de témoins et de groupe assemblé,
Le buisson attentif avec l'écho troublé
Et le cœur du vieux chêne en pleuraient de tendresse.
Tout se tait, tout est mort! L'arbre, veuf de chansons, Étend ses rameaux nus sous les mornes saisons; Quelque craquement sourd s'entend par intervalle :
Debout il se dévore, il se ride, il attend, Jusqu'à l'heure où viendra la Corneille fatale Pour le suprême hiver chanter le dernier chant.