‹ PoésiesChapitre 83 sur 177 · BALLADE DU VIEUX TEMPS · texte numérisé non relu

BALLADE DU VIEUX TEMPS

A qui mettait tout dans l'amour, Quand l'amour lui-même décline, Il est une lente ruine, Un deuil amer et sans retour.

L'automne traînant s'achemine ; Chaque hiver s'allonge d'un tour :

En vain le printemps s'illumine :

Sa lumière n'est plus divine A qui mettait tout dans l'amour!

En vain la Beauté sur sa tour,

Où fleurit en has l'aubépine,

Monte avec l'aurore et fascine

Le regard qui rôde à l'entour.

En vain sur l'écume marine

De jour encor sourit Cyprine :

Ah ! quand ce n'est plus que de jour,

Sa grâce elle-même est chagrine

A qui mettait tout dans l'amour !

« Et ce qui prouve que le chant dépend en eflet et en entier des amours, c'est qu'il cesse avec elles. »

Bcffom, Discours sur la nature des Oiseaux.

Si je ne chante plus, n'en cherchez pas la cause

Dans ces travaux d'un jour dont je m'accable exprès;

Si je ne chante plus, n'accusez pas la prose D'étouffer ma chanson et ses trésors secrets.

D'autres chantent surtout pour verser l'harmonie, Pour exhaler leur âme au sein de l'univers, Parce qu'ainsi le veut un céleste Génie Et que leur voix se joue aux glorieux concerts.

L'Hymne habite en leur sein et d'abord s'en élance ; Leur cœur est toujours plein, le inonde est encor beau : S'ils se taisent longtemps, pourquoi donc ce silence? Qu'on leur dise : Chantez, comme on dit à l'oiseau.

Us fêtent la nature, et j'y vois leur image : Chaque âge d'elle abonde en retours infinis; Les plus jeunes ormeaux n'ont pas seuls le ramage, Les chênes les plus*vieux ont aussi plus de nids.

S'ils se taisent, ceux-là, que vite on les accuse; Mais moi, si j'ai cessé, puis-je en être blâmé? Ils chantent pour chanter ; ces élus de la Muse; Moi je chantais pour être aimé !

Envoi à madame Marie de S

A Vous, ou Muse, ou Fée, et la Grâce elle-même, Qui savez, souveraine en ce jeu de beauté, Comme est un seul objet aimé, loué, chanté : Mais savez-vous bien comme on aime?

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