‹ Poésies (volume 2)Chapitre 21 sur 82 · ESSENCE · texte numérisé non relu

ESSENCE

A la même.

Faut-il qu'un marchand d'essences Écrase dans ses mortiers Mes plus chères connaissances, Ces pauvres fleurs d'églantiers!

Peut-on massacrer des roses, Les broyer sous un pilon!

Si j'étais juge en leurs causes, L'infâme irait à Toulon.

Aussi, qu'un parfum m'attriste Chez cet Houbigant Chardin !

Dans les boites du chimiste On sent les morts d'un jardin.

Mais achetez ces momies, Vous, madame, et les portez;

Dans vos châles mes amies Renaissent aux voluptés.

Leur souffle amoureux se vante De provenir des dessous.

Vous sortez; si peu qu'il vente.

Concevez quel effet doux :

Pour peu que l'endroit s'y prête.

Un passant, pris par le flair, Jeune homme intrigué, s'arrête Et cherche un succès dans l'air.

Il vous voit, il se dépêche De savourer le parfum ; De le suivre qui l'empêche?

L'odeur est de droit commun.

Non, l'essence délicate Rend si bien votre hauteur, Qu'ensemble son effet flatte Et confond l'admirateur.

Expliquez-nous ce prestige :

Sur vous la rose, un extrait,

Des épines de sa tige A conservé le secret.

Elle menace à distance :

Arrière, l'homme inconnu!

Ou je pique d'importance...

Et la dame a disparu.

Mais de son larcin modeste — Un peu de votre air humé — Au passant timide il reste Un souvenir embaumé,

Et la naïve ressource D'espérer, beaucoup trop tard, Vous atteindre dans sa course Sur la route du hasard.

Donc, qu'il coure aux Tuileries Fureter avec candeur; Au temps des roses fleuries On vous y trouve, en odeur.

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