‹ Poésies (volume 2)Chapitre 22 sur 82 · NINON · texte numérisé non relu

NINON

Ninon difficile à comprendre, Etes-vous fière, êtes-vous tendre, Dites-vous oui, dites-vous non, Abusez-vous de votre nom?

Le ni-oui, qu'il faut sous-entendre, Ne fait-il qu'un avec Ninon ?

Femme tout ombre et tout mystère, Expliquez-moi, sans plus vous taire, Quel attelage ont vos amours :

Des pigeons blancs, ou des vautours?

Est-ce au Tartare, est-ce à Cythère Que vont nous mener ces détours?

ELE GANCES

M'attirez-vous de feinte en feinte, Par un ténébreux labyrinthe, Sous les griffes d'un froid orgueil?

Ou faut-il voir dans vos clins d'oeil Une invite guidant l'étreinte Vers les bras de votre fauteuil?

Seriez-vous l'amante incertaine Qui tient l'amant en quarantaine Pour l'éprouver devant le port?

Ou la nymphe qui jette un sort?

Cachez-vous, trompeuse fontaine, Sous votre onde une hydre qui dort?

N'êtes-vous donc qu'une coquette Prenant l'amour pour sa raquette Dont mon cœur devient le volant ?

Ou souffrez-vous qu'on soit galant ?

Mais faut-il avec étiquette Vous enlacer d'un nœud coulant?

Vous rougissez ; autre équivoque :

Quel trouble ambigu vous suffoque' Dois-je tout craindre, ou tout oser?

ELEGANCES

M'éteinclre, hélas ! ou m'embraser?

Imaginons qu'on me provoque :

Ici, je risque un beau baiser...

O ma fière, à bout de prudences !

Il te fallait cent évidences.

De tes lenteurs aux maints replis Je sors triomphant, tu faiblis !

— Ninon, reçois mes confidences J'ai vaincu la pudeur d'un lis.

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