NINON
Ninon difficile à comprendre, Etes-vous fière, êtes-vous tendre, Dites-vous oui, dites-vous non, Abusez-vous de votre nom?
Le ni-oui, qu'il faut sous-entendre, Ne fait-il qu'un avec Ninon ?
Femme tout ombre et tout mystère, Expliquez-moi, sans plus vous taire, Quel attelage ont vos amours :
Des pigeons blancs, ou des vautours?
Est-ce au Tartare, est-ce à Cythère Que vont nous mener ces détours?
ELE GANCES
M'attirez-vous de feinte en feinte, Par un ténébreux labyrinthe, Sous les griffes d'un froid orgueil?
Ou faut-il voir dans vos clins d'oeil Une invite guidant l'étreinte Vers les bras de votre fauteuil?
Seriez-vous l'amante incertaine Qui tient l'amant en quarantaine Pour l'éprouver devant le port?
Ou la nymphe qui jette un sort?
Cachez-vous, trompeuse fontaine, Sous votre onde une hydre qui dort?
N'êtes-vous donc qu'une coquette Prenant l'amour pour sa raquette Dont mon cœur devient le volant ?
Ou souffrez-vous qu'on soit galant ?
Mais faut-il avec étiquette Vous enlacer d'un nœud coulant?
Vous rougissez ; autre équivoque :
Quel trouble ambigu vous suffoque' Dois-je tout craindre, ou tout oser?
ELEGANCES
M'éteinclre, hélas ! ou m'embraser?
Imaginons qu'on me provoque :
Ici, je risque un beau baiser...
O ma fière, à bout de prudences !
Il te fallait cent évidences.
De tes lenteurs aux maints replis Je sors triomphant, tu faiblis !
— Ninon, reçois mes confidences J'ai vaincu la pudeur d'un lis.