‹ Poésies (volume 2)Chapitre 24 sur 82 · CLAIR DE LUNE · texte numérisé non relu

CLAIR DE LUNE

Tapi sous ce balcon, j'enrage :

Dame la lune est dans son plein ; Mal à propos l'astre câlin Indécemment me dévisage.

Est-ce un baiser que ce rayon?

On croirait que Phœbé m'adore.

L'impatience me dévore En ce rôle d'Endymion.

Quelle honte! courir sans nues.

Afficher ainsi sa rondeur !

Pour un rien mon peu de pudeur Rougirait de ces clartés nues.

Belle virginité, vraiment!

Diane, le soir, fuit le Louvre,

Remonte là-haut, se découvre, Et par ennui cherche un amant.

Je vous connais, feintes avances :

Pour se glisser dans un couplet On lorgne un poète follet; La lune est folle de romances.

Déité n'ayant plus d'autel,

La vagabonde solitaire

Du ciel m'implore sur la terre :

« Chantez pour moi, rimeur un tel !

« Prenez en pitié ma détresse; Je vis si triste au muséum !

Couchez mon nom sur votre album, Appelez-moi votre maîtresse. »

Si la mienne n'allait venir, Je flagornerais cette blonde; J'en dirais, comme tout le monde.

Des nouveautés — de souvenir.

J'exposerais, dans un pastiche, La déesse au brillant carquois,

"s ÉGANCES

A l'arc d'or, décochant sous bois La flèche d'argent qui se fiche.

Je peindrais les nocturnes eaux Où la chasseresse sans voiles Se baigne avec un chœur d'étoiles, - Et le chasseur dans les roseaux.

Il me sortirait de la tète, Non pas les cornes d'Actéon, Mais cent fois pire, un vieux centon Dame Phoebé me rendrait bète.

Musset, lorgné d'un œil pareil, Au point sur l'I faisait la figue; Moi, caché là pour une intrigue, Je maudis la sœur du soleil.

Est-ce un effet de mon blasphème?

L'astre se dérobe obscurci.

J'entends des pas. — Lune, merci !

L'ombre convient à ce que j'aime.

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