‹ Poésies (volume 2)Chapitre 29 sur 82 · A NINON · texte numérisé non relu

A NINON

Oui, Ninon, je vis sous vos rênes,

A votre caprice attelé ;

Sentez vos grâces souveraines :

Pour les servir je vole ailé.

Mais je garde insoumis à l'amoureux prestige L'honneur et la pitié, l'instinct du vrai, du beau : Pour mes penchants virils ceux-là sont un quadrige, Et sur le char mon bras porte fier le rameau.

Mon élégance se raffine Dès qu'il s'agit d'aller chez vous ; J'exhale l'odeur la plus fine, Tant vous plaire me semble doux.

86 h I.ÉGANCES

Mais quand je vois régner applaudi par la France Le luxe injurieux des coquins parvenus, Je voudrais, consultant ma sombre intolérance, Sur un sol vierge errer, pâtre libre et pieds nus.

J'amuse avec mes causeries

Les loisirs de votre boudoir.

Brodez-vous vos tapisseries?

Mes doigts s'offrent en dévidoir.

Mais si j'entends pleurer de misérables filles Sous le dilemme inique, — ou se vendre, ou soull'rir ; Contre un sort qui résiste aux vertus des aiguilles Laissez ma voix se plaindre et mes mains secourir.

Puisque vous croyez aux chimères,

Je donne dans le merveilleux ;

Jusqu'au fond des ondes amères

J'irais pécher des contes bleus.

Mais ma raison honnit les saintes balivernes Et fraye en humble élève avec la vérité ; Penché sur les débris des antiques cavernes, Je demande à Darwin d'où vient l'humanité.

Dans vos fauteuils à bergeries

ELEGANCES OJ

Faisons la cour aux bibelots;

Sourions aux chinoiseries,

Jubilons devant des magots.

Mais je veux, de l'alcôve où le matin m'éveille, Contempler la Céiès qu'Athènes modela ; Et comme on voit les fleurs aux séjours de l'abeille, On voit dans mon Io°;is les vases de Nola.

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