A MA PARISIENNE
Type de goût par la toilette, Par les attraits beauté complète, Esprit frais dans la volupté; Toute grâce et toute décence.
Parisienne, ô ma plaisance.
Que tu remplis avec aisance Ton rôle heureux d'enfant gâté!
Que tu sais bien baisser ton voile, Glisser à travers une étoile Un regard qui fuit un succès!
Mais quand tu me rends ton visage, Que tes yeux sont d'un bel usage !
Et que j'aime alors leur langage Plus éloquent que du français!
ELEGANCES 89
Bien moins coquette qu'élégante.
Dans la peau souple qui te gante Sauve la blancheur de tes doigts.
Mais quittes-tu la peau de chèvre.
Que ta main est douce à ma lèvre, Et que toujours son geste mièvre Reste d'accord avec ta voix!
Ton châle turc, femme des Gaules, Cent fois plus beau sur tes épaules, Déguise la taille à dessein.
Mais des plis droits que se dégage Le buste ou triomphe ton âge, — Le galbe exquis de ton corsage Trahit la jeunesse du sein.
Ton brodequin, qu'un talon hausse.
D'un tissu mordoré te chausse; O ma dame, comme il te sied !
Mais sur ton pied sans bas de soie La chair est rosée, ô ma joie !
Tiens, montre-le, que je te voie Chef-d'œuvre jusqu'au bout du pied.
Et comment dire, ô ma maîtresse, Sans un mot de trop qui vous blesse, Les trésors qu'il me faut cacher :
La chaste forme qui se cambre Sous le peignoir imprégné d'ambre, Et ces délices que ta chambre Ne dévoile qu'à ton coucher?
Les héroïnes de poèmes S'illustrent par des stratagèmes ; La gloire est plus simple avec toi :
Parisienne de mes odes, Tu crains les bruyants épisodes; Ton esprit, ta beauté, tes modes, Sans fracas, ne visent que moi.
Quand nos arts tombent en souffrance,
Ninon, garde aux dames de France
Leur aimable célébrité;
Que l'étranger, qui te devine
Sous le châle et sous la maline,
Chapeau bas devant toi s'incline
En jalousant notre cité.