QIJ I ME LAISSE ATTENDRE
J'arrive à midi, très tendre.
Il est tard, si vous m'aimez; Mais Toinon me dit d'attendre.
Quoi! je brûle, et vous dormez!
Et vos serments, dame ingrate?
Au fait! pourquoi les tenir?
Une marquise très chatte Ne doit pas se souvenir.
Veuve chatte et très marquise, On se blottit dans le doux :
Et sentant la plume exquise.
Foin des gens ! foin des matous!
Dormez donc, donnez encore A la bai ue du soleil ; Rêvez que c'est vous l'aurore :
L'aube attend votre réveil.
Sous le ciel de mousseline Trouvez midi trop matin, Pendant qu'à part je rumine Dans le boudoir de satin.
Puis, en clignant la paupière, Etirez ces bras charmants; Et comme on fait sa prière Offrez-vous vos compliments.
Employez, ô ma chérie, A ce jeu du meilleur goût, Un démon d'espièglerie, Votre œillade nui voit tout.
Elle admire, la coquette, Ees dons secrets du Bon Dieu, Satisfaite de l'enquête, Rengorgez-vous, c'est le lieu.
El. EGA NC! S
Maintenant, que vous en semble, Si vous comptiez vos bijoux?
Sonnez! — Toinon les rassemble Sur le lit ; amusez-vous.
Lentement, d'une main molle, Videz ces éciins royaux ; Et parez, comme une idole, Vos attraits de vos joyaux.
Laissez ces couleuvres tordre Leur or autour de ces bras; Donnez chaque oreille à mordre Aux brillants de dix carats.
Tendez à vos perles fines Cette gorge qui leur plaît.
On dirait deux églantines Sous une averse de lait.
Et ce pied à l'eau d'amande, Que veut ce petit chinois ?
Passez-lui, sur sa demande, Des bagues à tous les doigts.
ELEGANCES
Oui, jouez sous la parure, Et sur la foi d'un verrou; Sans songer que la serrure Vous dévoile par un trou.
— Mais, tandis que mes yeux fraudent, Mon cœur éprouve un souci :
J'ai peur des coquins qui rôdent.
Le soir, dans ce quartier-ci.
Votre hôtel est solitaire;
On le croit riche; et, pour sûr,
Dame trop célibataire,
On pourrait franchir le mur.
Or donc, marquise, assez rire ; 11 faut prévoir un malheur :
Craignez que l'appât n'attire, La nuit prochaine, un voleur.
Vers ce grand lit presque vide,
— Imaginez ce tableau, — Un homme en haillons, livide, S'avance avec un couteau.
Vous voyez-vous dans l'alcôve, Implorant saintes et saints Contre un drôle à barbe fauve Qui se permet des larcins ?
Les bijoux, qu'il les emporte !
Mais s'il touche à vos trente an- Criez, je veille à la porte...
Toinon m'ouvre, il était temps!
C'est un truc que mon Cartouche Et pourtant, sans plus surseoir.
Pensez-y : le cas est louche ; Dormons ensemble ce soir.