HOMME DE RIEN
Je jette un regard en arrière Sur les détours de ma carrière :
Hors des chemins que de faux pas!
Puis, jugeant ma propre personne, Je me trouve, à l'heure qui sonne, Un inconnu ne comptant pas.
Je pouvais, gonflé de moi-même, Prétendre au laurier d'un poème, Né petit, m'inspirer des grand-.
I irsqu'à s'enfler chacun s'excite.
J'ai trouvé plus sage et licite De chanter perdu dans les rangs.
DERNIERES ELEGANCES I97
Fallait-il quémander des places Pour me cambrer devant les glaces, Galonné d'or sur bleu turquin ?
Je remplirais trop mal mes rôles; Mon reflet, levant les épaules, Dans les miroirs dirait : — Faquin !
Courez, messieurs de la boutique, Après l'honneur problématique De vous pendre un ordre au côté ; J'aime autant à ma boutonnière Une rosette jardinière, Et, sous mon frac, de la fierté.
Mais qui donc me fermait la Bourse?
Avec l'argent de cette source J'éblouirais les envieux.
Ailleurs j'ai tenté la fortune :
Gagner les faveurs de plus d'une Vaut bien l'opulence à mes yeux.
Si pourtant j'allais à la messe;
Le tarif me fait la promesse
Qu'à ma mort j'aurais les serpents,
DERNIERES ELEGANCES
Deux suisses, cent flambeaux, vingt piètres, La musique des meilleurs maîtres.
Non, damnez-moi, sans les dépens !
Disciple ignoré d'Épicure, J'irai seul vers ma tombe obscure.
Quant à l'âme du trépassé :
L'immortalité, c'est la gloire; De cpiel droit oserais-je y croire?
Mais... Rcquiescat in pace !