‹ Poésies (volume 2)Chapitre 71 sur 82 · LE BEAU IDÉAL · texte numérisé non relu

LE BEAU IDÉAL

— Ce fait mythique a lieu près d'Athène en ruine, Un jour de paix entre elle et sa rivale Égine, Alors qu'ayant soulfert du roi perse , Palias Attend sur l'Acropole Ictinus, Phidias. — Vers l'Hymette une vierge, Ionienne lente, Monte avec sa corbeille et sa grâce indolente; Derrière elle un soldat, robuste Doricn , Avance avec sa pique... Et d'abord, entre eux, rien. Mais Pan, tout exprès là, les suit, puis les écoute Mêler un dialogue aux courbes de la route.

DERNIERES ELEGANCES

Le Guerrier.

Canéphore d'Athène, aux gestes langoureux, Balançant sur ton front ta corbeille aux flancs creux, Viens-tu chercher le miel qui nourrit ta mollesse?

La Canéphore.

Non, guerrier, mais cueillir des fleurs pour ma déesse Athéné, vierge aussi, protège ma venu.

Toi d'Eginc, coiffe d'un casque, où te rends-tu?

Le Guerrier.

Pour ma lance et mon arc il me faut de la cire : Quand brillent ses soldats, notre île les admire, Et Pallas autochthone est propice à nos vœux.

La Canéphore.

lu m'approches; marchons ensemble, si Lu veux. Tiens, porte ma corbeille au piquant de ton arme : Nous autres d'Ionie on nous prend par le charme.

Le Guerrier.

Chez nous, les Doriens, on combat volontiers ; Mais que s'ouvrent nos cœurs, ils se donnent entiers. D'ailleurs, femme, ton sang circule clans nos veines.

La Canéphore.

Et l'idole d'Egine est l'idole d'Athènes. —

Nous sommes sur l'Hymette. Adieu, guerrier, merci;

Va seul, ou — je suis lasse — asseyons-nous ici.

Le Guerrier.

Non, parmi ces daphnés se dressent deux oreilles; Reposons-nous cachés par les ruches d'abeilles.

— Et maintenant, dis-moi : t'ai-je déplu? Réponds.

La Canéphore.

De loin, je m'effrayais : ces pas comme des bonds, Ces formes de héros; tu me semblais farouche.

— Sur mon compte, à ton tour, laisse parler ta bouche.

Le "Guerrier.

Vierge, je dirai vrai : ton air efféminé,

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Tes yeux, pourtant si doux, de loin m'ont chagriné. Tu souris; désormais je crois te bien connaître.

La Canépiiore.

Que le sort n'a-t-il fait de nous deux un seul être ! Evitant tes défauts, repoussant mes travers, Son chef-d'œuvre eût servi d'exemple à l'univers.

Le Guerrier.

Eros sait le moyen d'enfanter ce modèle : Aimons-nous ! Tu rougis; canépiiore, es-tu belle! Ta main tremble; écartons ce timide embarras.

La Canéphore.

Comment! tu mets ton cascpie à mes pieds; quoi! tes bras

Enlacent ma ceinture; y penses-tu, satyre?

c Déesse, à mon secours! il me presse, il m'attire...»

Le Guerrier.

Entends les dieux du haut de leur palais vermeil, Crier: <•< Unissez-vous sous l'éclat du soleil! » Viens, le fruit de ton sein grandira pour leur culte.

dernières elegances 2o5

La Canéphore.

Si l'honneur de Pallas dans Athènc en résulle, Ose donc, sois le père, Egïnète dompté, Je m'offre sur ces rieurs à la fécondité.

Ces charmes délicats, cet athlétique torse, Symbolique union, sont la Grâce et la Force. Pan assiste invisible, et d'un rayon de miel Sacre entre leurs baisers l'accord béni du ciel. — Vous, rivages d'Asie, envoyez sur la brise L'âme du Smyrnéen, chantre d'Ilion prise. Inspirer en ces lieux le couple oriental Dont l'étroite alliance engendre l'Idéal. — Les types de beauté dans l'art n'ont plus qu'à naître Phidias, Ictinus, ensemble vont paraître.

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