‹ Poésies (volume 3)Chapitre 1 sur 124 · RHYTHME A TROIS TEMPS · texte numérisé non relu

RHYTHME A TROIS TEMPS

J'ai vu jadis, au Vatican, un hernies d'homme

Qui m'est resté de mes six mois passés à Rome.

La tête avait double visage : un grave, un fou

Amalgamés, par le ciseau, sur un seul cou.

Le grave était un amateur de paix obscure,

Sur son front clair on relisait tout Épicure;

Son doux regard, droit devant lui cherchant à voir,

Semblait trouver la volupté sous le devoir.

Son compagnon, le fou, portait plaisante oreille,

Les yeux d'un faune, et, dans ses yeux, gaîté qui veille ; Sa bouche ouverte avait gardé l'amour des vins Et des baisers, ces trésors chers aux dieux sylvains. — Presque attendri, tournant autour du marbre jaune, Je l'adulais, l'humble penseur doublé d'un faune; Et je disais, en emportant ce souvenir : Un devin grec m'aura sculpté pour l'avenir. Oui, c'est bien moi, tel qu'en mes vers mi-fous, mi-sages; Mon humeur double est un hermès à deux visages.

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