LA DAME AUX CHEVEUX D'OR
Quand se laissa prendre une fois dernière, Déjà vieux pourtant, mon cœur faible encor, Grison, je n'obtins licence plénière Que sur des cheveux, mais epui semblaient d'or
Mon miroir, hélas ! m'a rendu modeste, Du jour où j'ai vu pâlir mon reflet; Du ci-devant brun n'étant plus qu'un reste, J'ai banni l'espoir d'un bonheur complet.
Vraiment c'était bien un peu ma maîtresse Qu'une dame assise entre mes genoux, A l'heure où mes doigts dénattaient sa tresse Pour l'en revêtir comme d'un burnous.
J'étais bien un peu l'amant de ma mie, Quand ce lourd manteau couvrait mon giron,
Et qu'entre mes bras la fausse endormie S'enflait dans sa soie en faisant ronron.
Hors de ses langueurs la petite belle Se montrait fantasque et raide à l'excès. Un chaton gâté n'est pas plus rebelle ; Combien de travers dont je pâtissais!
Quel charme en retour dans son indolence! Il fallait la voir, sous le poil lustré, Goûter les pavots de la somnolence, Comme un angora cossument fourré.
Aussi, je l'aimais tout comme une chatte ; Et si quelquefois j'osais la toucher Tout comme une femme, aussitôt sa patte, Les ongles tendus, voulait m'écorcher.
Pour la rassurer j'avais des pralines; Et, sans jamais croire à son dévouement, J'amusais mes jours des grâces félines De ce joli monstre ingrat et gourmand.