‹ Poésies (volume 3)Chapitre 24 sur 124 · ENVOI D'UNE PLUME D'AIGLE · texte numérisé non relu

ENVOI D'UNE PLUME D'AIGLE

A Mme

Voilà trente ans qu'en un voyage Sur les hauteurs du mont Perdu J'ai pris ce bout d'aile au plumage D'un aigle en sa mort étendu.

Mon respect se mit à lui dire :

« Dépouille du roi de ces lieux, J'entends vous donner, pour écrire, A la main d'un victorieux. »

Trente ans j'ai suivi les faits d'armes : J'ai vu couler les plus beaux sangs,

SOUS LES RIDES 6l

J'ai vu surtout couler des larmes, Pas un héros sortir des rangs.

Et je cherchais encor naguère Mon batailleur au front lauré, Pour lui porter après la guerre L? plume de l'oiseau sacré.

Mais elle est lasse de l'attente D'un glorieux digne du choix ; J'écoute un désir qui la tente D'aller, madame, entre vos doigts.

Vous qui dédaignez la conquête De vos ardents adorateurs, Inaccessible à la tempête Comme l'aigle sur ses hauteurs, —

Pour repousser les fous hommages Recevez ce bout d'aile altier ; Qu'à se jouer dans les orages Il reprenne enfin son métier.

POETjE minores

A Emmanuel des Essarts.

Soyez peintre en petit, de valeur passagère, Tantôt mythologique et tantôt baladin ; Moins encore, imitez des fruits après Chardin : La vogue s'y vient prendre, et l'on vous exagère.

Mais soyez un poète aussi d'humeur légère ; Rendez, comme l'artiste et sur un ton badin, Les nymphes, les plaisirs, même un fruit de jardin : Votre oeuvre, pour beaucoup, reste chose étrangère.

Viens consoler la muse, éloquent des Essarts ; Rimeur toi-même, accorde au moins gâté des arts Que la peinture en vers veut qu'un goût fin la prise,

Et que celle en couleur, dont le tableau galant Sur le mur d'un salon donne un effet meublant, Plaît, pour qui sait payer, sans même être comprise.

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