DEVOIRS FUNÈBRES
Assiégé par les ans, bientôt réduit, j'ai l'âge
E|£ penser à soustraire aux horreurs d'un pillage
Mes richesses. Moi mort : lettres, cheveux, portraits,
Rubans, bouquets fanés, vous tous, mes biens secrets,
Qu'allez-vous devenir? Les dresseurs d'inventaires
Forceront-ils le cotfre abri de vos mystères!
Je les vois vous saisir, vous dénier un prix,
Vous jeter en chiffons au panier des débris ;
Pour vous surtout, portraits, que d'autres infamies !
Non, comptez sur mon culte, ombres de mes amies
— Sentant Ninive prise et le sac approcher,
Le fier Sardanapale alluma son bûcher,
Et ses femmes, ses dieux, ses bijoux, ses armures,
Dévorés par le feu, périrent sans souillures.
Toi, de tous les trésors le seul qui m'ait tenté,
Finis de même, amour, meurs avec dignité.
— J'ai poussé les verrous ; accroupi devant Pâtre,
J'attise mon foyer : allons, vieil idolâtre,
Brûle en te prosternant, brûle, en buvant tes pleurs,
Chevelures, rubans, médaillons, lettres, fleurs!
Adieu, restes bénis! O mes chères maîtresses,
Qu'ont valu mes chagrins auprès de vos tendresses?
Un appel de ces yeux, un mot de ces écrits,
Plus forts cjue la douleur, consolaient mes esprits;
Souvenirs embaumés, devenus les reliques
Qui gardaient de l'enfer mes nuits mélancoliques, %
Dans la flamme emportez mon suprême regret :
Adieu ! — Maintenant, mort, arrive, je suis prêt!