‹ Poésies (volume 3)Chapitre 45 sur 124 · LA RÉALITÉ · texte numérisé non relu

LA RÉALITÉ

Idéalistes, Amoureux, poètes, artistes, Nous sommes tous de grands enfants:

Ce n'est pas moi qui me défends D'inspirer le dédain aux sages moralistes.

Plaisant travers !

Pour nous les objets sont couverts Du manteau de nos rêveries; Dés que s'ouvrent les draperies, Autre erreur : nous voyons le réel à l'envers.

Le train des choses Suscite nos pensers moroses;

Io6 SOUS LES RIDES

Nous percevons la vie en noir, Pareils au maussade miroir Dont le reflet flétrit les vierges les plus roses.

Il m'irait fort Que l'idéal fût comme un fort Où braver le siège sans trêves De la laideur troublant mes rêves; J'aurais l'amour, les vers et les arts pour renfort.

Mais être en guerre Avec le profane vulgaire ; Dans les radoteuses cités Subir les plates vérités De l'un-et-un-font-deux, ce sort ne me va guère.

Aussi, je sens Un besoin de fuir les passants, Je distille l'intolérance, J'ai des gros mots contre la France, J'objuigue la nature et maudis le bon sens.

Instincts sublimes, Que n'emportez-vous sur les cimes

La bande des esprits ailés?

Je serais parmi les zélés Pour admirer de haut la terre sous mes rimes.

Mon pauvre cœur De bon est devenu moqueur; J'aurai vu tomber trop de voiles.

Je n'aime plus que les étoiles...

Ah ! si la mort devait nous mêler à leur chœur !

Purs moralistes, De nos travers dressez les listes.

Nous sommes tous de grands enfants; Ce n'est pas moi qui m'en défends, Mais, Ovide accablé, je finis par des Tristes.

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