LA CHATTE DE PÉTRARQUE
A François Fertiault.
Près d'Avignon on voit encore Les lieux où Pétrarque aima Laure, Madone des sonnets toscans; Et l'on voit dans la maison d'Arqué La chatte blanche de Pétrarque, Compagne de ses derniers ans.
L'honnête épouse, faite muse, Dans son devoir mourut recluse Sans tendre au poète un baiser; Mais la défunte délicate Revint, sous les traits d'une chatte, De tout son cœur le caresser.
Qu'il devait donc peiner de vivre A la dame d'un si beau livre, Quand s'ouvrait le lit de l'époux!
Mais pour la chatte quel bien-être, Quand l'appelait un si beau maître, De se coucher sur ses genoux !
L'épouse avait su se défendre, La madone ne pas comprendre, La muse en un ciel s'enfermer; Mais la minette à patte rose Ne s'occupait que d'une chose :
Aimer, aimer, toujours aimer.
Si les soupirs du vent qui passe, Parvenus dans la salle basse, Parlaient de sa Laure au songeur; La chatte, habile en prévenance, Étouffait les échos de France Avec un ronron tapageur.
A l'heure triste où la nuit tombe, Quand le regret sort de la tombe Pour visiter les cœurs aigris,
Aux aguets la féline accorte, Avec des jeux de toute sorte Le chassait comme une souris.
Les vers ne tressaient de couronne Que pour le front de la madone, La rime n'ouvrait qu'à son nom.
Mais si câline ! enfin la chatte Dans les sonnets glissa la patte Près de la belle d'Avignon.
Laure est le rayon poétique, La lampe qui brûle au portique.
L'astre qui brille à l'horizon; Et la chatte est l'ombre discrète, Le clair-obscur de la retraite, Le demi-jour de la maison.