‹ Poésies (volume 3)Chapitre 70 sur 124 · LES SOULIERS DE MA FILLETTE · texte numérisé non relu

LES SOULIERS DE MA FILLETTE

A ma fille E. C.

Fillette, à quoi bon te chausser?

Sur le tapis reste à danser, Pieds nus, près de ma jardinière. — Non, ma fille est d'un bal ce soir :

Sur mon genou viens donc t'asseoir, Tends la jambe à ta cordonnière.

Voici deux paires d'escarpins Aux nœuds bouffants, aux airs poupins ; L'une est étroite, et l'autre aisée.

Tu peux choisir : si tu m'en crois, Tiens aux souliers les moins étroits, En coquette bien avisée.

Les plus petits, si tu les prends, Feront ouvrir des yeux plus grands; C'est un succès pour les chaussures.

Mais pour les pieds c'est un revers Que de rentrer du bal couverts D'irréparables flétrissures.

Ne dis pas qu'on n'en verrait rien.

Tu seras dame un jour; eh bien, Monsieur regarde, après les noces :

Les souliers que nous achetons Sèment pour lui sur tes petons Des lis, oui, ma chère, ou des bosses.

Veux-tu savoir quels sont ces lis?

Ma pendule en a de jolis :

Vois les pieds d'albâtre de Flore.

Dirait-on pas deux lis en fleur?

Que ta chaussure ait de l'ampleur, Les tiens seront plus purs encore.

Aimes-tu mieux montrer au bal

Les escarpins qui te font mal ?

Quel trouble, un soir, dans ton ménage,

LES FAMILIALES 1 bj

Quand sortiront du blanc satin Les pieds crochus d'un diablotin, Devant l'amoureux personnage!

Je crois te voir sous ce regard Honteuse, hélas! boudant trop tard La demoiselle maladroite Qui, pour plaire aux petits garçons, Se fit jadis prendre aux façons D'une chaussure trop étroite.

Toi, si fière avec tes maris, Garde au vrai des petons fleuris; Choisis donc la plus large paire, Pour que monsieur, les temps venus, Trouve à baiser sur tes pieds nus Les lis que cultivait ton père.

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