‹ Poésies (volume 3)Chapitre 69 sur 124 · MON PÈRE · texte numérisé non relu

MON PÈRE

A ma fille A. C.

Parmi nos portraits de famille Ta préférence, avec raison, Choisirait le petit garçon Debout devant une charmille.

Son costume est d'un jardinier, A la main il tient une rose; Un choix de fleurs dans un panier Près de lui sur un banc repose.

Nous l'admirons, ce beau Poucet Potelé, le cou sans cravate ; Il a sept ans, le portrait date De mil sept cent quatre-vingt-sept.

— ■ Maintenant, dessous la peinture, Dans sa chambre un beau sage assis, Bien cravaté, fait la lecture En mil huit cent soixante-six.

C'est l'original et mon père, C'est le plus vert des bons papas ; S'il se dit vieux, ne le crois pas :

On est jeune tant qu'on sait plaire.

Comprends-tu que le cher coquet Reste du temps de son enfance ; Du petit qui porte un bouquet Il garde même la prestance, Pour offrir à tes descendants Un échantillon de l'étoffe De ce grand passé philosophe Auquel nos saints montrent les dents.

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