MON PÈRE
A ma fille A. C.
Parmi nos portraits de famille Ta préférence, avec raison, Choisirait le petit garçon Debout devant une charmille.
Son costume est d'un jardinier, A la main il tient une rose; Un choix de fleurs dans un panier Près de lui sur un banc repose.
Nous l'admirons, ce beau Poucet Potelé, le cou sans cravate ; Il a sept ans, le portrait date De mil sept cent quatre-vingt-sept.
— ■ Maintenant, dessous la peinture, Dans sa chambre un beau sage assis, Bien cravaté, fait la lecture En mil huit cent soixante-six.
C'est l'original et mon père, C'est le plus vert des bons papas ; S'il se dit vieux, ne le crois pas :
On est jeune tant qu'on sait plaire.
Comprends-tu que le cher coquet Reste du temps de son enfance ; Du petit qui porte un bouquet Il garde même la prestance, Pour offrir à tes descendants Un échantillon de l'étoffe De ce grand passé philosophe Auquel nos saints montrent les dents.