RÉPONSE A UNE LETTRE DE MES FILLES
Février. Beaulieu-sur-Mer.
A la minute parvenu Votre billet est déjà lu, Et j'écris le mien. De la sorte De loin nous devisons comme de porte à porte.
Vous dites : « Soigne ta santé ; Vis de soleil, comme en été.
Ici l'on gèle... » — Que répondre ?
Je vois dans ce Paris vos enfants se morfondre.
« Sur le rivage de Beaulieu La mer balance un flot si bleu !
Fête l'azur... » — D'où je me place, Je vois là-bas Cécile hésiter sur la glace.
« Dans le jardin de ta villa L'orange est mûre, en miel déjà ; Hume tes fruits... » — Et de mon siège, Je vois là-bas trembler Adrien sous la neige.
« La violette et l'églantier T'embaument l'air et le sentier ; Jouis des fleurs... » — Je fais la moue : Je vois là-bas mon Pierre au dégel dans la boue.
« Sur les hauteurs qu'aiment tes pas, Pour les mamans et les papas Trouve des vers... » — Mais que c'est triste, Sur ce pavé là-bas de chercher votre piste !
« Et pour gâter les chers petits, Rapporte en mars des fruits confits.
Adieu, papa !... » — Bonjour, mes filles !... J'ai cru me voir là-bas rentré dans vos familles.