‹ Poésies (volume 3)Chapitre 77 sur 124 · RETOUR A L'ENFANCE · texte numérisé non relu

RETOUR A L'ENFANCE

Au souvenir de ma mère.

Plus je me sens vieillir, plus je retrouve en moi

L'enfant du premier âge, et, ma mère, aussi toi,

Jeune, venant le soir par un constant usage

Pencher sur mon berceau ton adoré visage,

Et de tes doux regards ombragés de longs cils

Verser l'amour du beau dans l'âme de ton fils.

— A cette heure, où plus rien de neuf ne me pénètre,

J'aime dans mes propos laisser l'ancien renaître;

Et celle qui te vit vieille alors trépasser,

Mon secours désormais, m'écoute ressasser.

Le soir, quand ses grands soins pour ma santé précaire

Ont fermé sur mon lit la blanche moustiquaire,

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Seul dans le clair-obscur sous le pâle réseau,

Je redeviens petit, couché dans mon berceau.

C'est alors que surgit après sa longue absence

— Fleurquidormaitsousl'eau, fraîche au fond — l'innocence ;

Mon instinct se réveille avec naïveté,

J'éprouve une candeur encline à la bonté ;

Mes goûts immaculés germent, je sens leurs sèves,

Aurore de la vie, énamourer mes rêves.

Et tout à coup mon cœur, gonflé par son roman,

Fait frissonner ma bouche, et j'appelle : « Maman ! »

1880. Beaulieu.

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