‹ Poésies (volume 3)Chapitre 95 sur 124 · LE PRISONNIER · texte numérisé non relu

LE PRISONNIER

Mars 187 i.

La nuit endormait nos discordes;

Seul, j'errais dans le noir faubourg.

Arrive au pas, étrange et lourd,

Un prisonnier lié de cordes, Grondant, clochant, courbant le front

Sous le poids d'un pareil affront.

Avec des longes de ficelle Le tirait une haridelle Qui, l'oreille basse, elle aussi, Semblait songer : « Qu'est-ce ceci? »

Deux traînards en tunique bleue Escortaient le sombre vaincu, L'un en avant, l'autre à la queue, D'un air, hélas! peu convaincu.

Leurs fusils couchés sur l'épaule

Se renversaient, honteux du rôle;

Et leurs képis et leurs souliers,

Avachis d'une façon drôle,

Les raillaient de la tête aux pieds.

O lugubre caricature !

Si Daumier passait d'aventure !

— Ce prisonnier bourru, grognon, C'était un malheureux canon

Que chipaient par un soir sans lune Deux caporaux de la Commune.

— Pris d'une tristesse sans nom, Je disparus dans la nuit brune.

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