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Poésies

Mon savant ami, laisse ton vieux camarade, pénétré de reconnaissance pour l'affection que ta lui voues depuis cinquante ans, placer ces livres sous le patronage de l'homme le plus justement respecté qu'il ait eu le bonheur de connaître.

AVANT-PROPOS

Je m'adresse aux personnes qui veulent bien se rappeler Onyx, les Rimes galantes et les Dernières Elégances.

J'aurais pu, depuis longtemps déjà, éditer de nouvelles poésies ; j'ai préféré attendre, pour les joindre à une reproduction des précédentes. Il s'agissait de finir d'abord la correction de celles-ci, entreprise tenue secrète dont je viens me confesser à cette heure.

Je crois avoir été poète; je m'accuse de

AVANT-PROPOS

n'avoir pas été un écrivain. J'ai rendu comme je sentais, avec l'inexpérience que laissent derrière elles de premières études mal conduites et aussi avec le trouble que comporte une nature trop impressionnable. Jamais je n'appliquai à mes vers cet esprit de suite d'où naissent l'ensemble et l'unité. Jamais non plus je n'ai sollicité un jugement quelconque au cours de mes furtives compositions. Quand, pour donner signe de vie, je publiai des recueils ( 1840, 1846, 1869), il se trouva que la plupart des pièces imprimées, sans choix ni ordre chronologique, fourmillaient de détails incorrects. On ne me remarqua guère; je fus loin de m'en montrer surpris. Cependant je possédais sous mes défauts certaines aptitudes, et toujours j'eus l'idée que, dans une existence moins inquiète que n'a été la mienne, elles auraient fait meilleur chemin.

AVANT-PROPOS

Ainsi s'explique qu'en mes vieux jours, une intime confiance, instruite par les leçons du temps et protégée par la solitude, m'engagea à revoir mes livres d'autrefois. Bien que l'habitude de se corriger parût tombée en défaveur, j'ai suivi l'exemple de nos classiques, qui souvent s'attachaient à polir quelques œuvres plutôt que d'en créer de nombreuses. Et alors, dépassant, je le crains, leur mesure dans la poursuite du mieux, j'ai, — surtout pour Onyx, — changé, supprimé, ajouté, interverti , sans autre réserve que d'épargner les sentiments et le ton des vers primitifs.

Arrivé au terme de ce travail, je ne saurais pressentir les critiques immédiates que me vaudront l'emploi de procédés aujourd'hui hors d'usage, et la hardiesse que j'y apporte, et les résultats que j'en obtiens ; seulement, dans la croyance d'être demeuré le même poète

IV AVANT-PROPOS

sous une forme plus artistique, j'exprime l'espoir qu'avant de qualifier mes poésies on daignera leur accorder un peu d'impartiale

attention '.

1. L'auteur s'est fait réimprimer une première fois en 1884, avec le dessein de ne paraître qu'après sa mort. Cette édition n'a pas été conservée; mais il en a été offert un certain nombre d'exemplaires. (Note de l'éditeur.)

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