ESSAIS DE PEINTURE
Le jeune homme enfin las d'attendre l'avenir Sur un sofa qui peine à ne voir rien venir, S'est donné comme emploi de bon goût sur la terre La peinture occupant l'amour célibataire. L'amour, il l'a conquis tendre et mystérieux; La peinture, il l'apprend d'un maître glorieux. Sa maîtresse, ô faveur, veut servir de modèle; Dès lors, ayant Campaspe, il s'agit d'être Apelle. Son atelier contient un attirail complet. Le sofa se bouffit. Près du grand chevalet La Vénus de Milo figure, comme au Louvre. Que Campaspe à son tour pour poser se découvre ! Lui, devant un carton vierge, admire, ingénu, Les deux types du beau, l'idéal et le nu ;
Puis va de l'un à l'autre, évoquant l'esthétique, Conjurant la nature, apostrophant l'antique ; Il laisse son crayon tomber, palpe les chairs, Caresse la statue, assimile leurs airs.
— Mais quoi ! de lâches mains ont tronqué la déesse ! Horreur ! il a saisi l'être entier, sa maîtresse, Vers le sofa l'emporte, et conçoit un tableau Dans les bras .que n'a plus la Vénus de Milo.
Qu'obtiendra ce garçon de semblable culture? Peut-être un madrigal, jamais une peinture.
Inédit.