‹ PoésiesChapitre 23 sur 101 · UN PASSANT · texte numérisé non relu

UN PASSANT

Si vous voyez un jour passer sur votre terre Ce rôdeur attiré par l'ombre et le mystère, E; qui, distrait, murmure un songe à demi-voix, Glanant, le front penché, ses lentes rêveries Tantôt dans vos jardins, tantôt dans vos prairies, Ou se recueillant sous vos bois ;

Imposez à vos gens de respecter cet homme Partout le bien venu sans jamais qu'il se nomme ; Vous-même n'allez pas, cavalier et chasseur, Lancer chevaux et chiens où votre hôte médite; Que les cors défendus, que la chasse interdite Respectent la paix du penseur.

Remarquez, mais de loin, ses marches et ses pauses; S'il contemple un rocher, s'il s'arrête à des roses, Retenez l'endroit juste et le moindre détail ; Notez surtout le banc, près du lac dont les saules, Contre l'ardent soleil protégeant ses épaules, Auront abrité son travail.

Puis, le soir, trouvez-vous sur son dernier passage ; Tâchez de vous graver dans le cœur ce visage Rayonnant du chef-d'œuvre en ces lieux accompli. Pourtant ne cherchez point la gerbe qu'il emporte; Il part sans rien aux doigts, pas même une fleur morte, Pas même un brin d'herbe cueilli.

S'il connaît mal sa route, offrez de le conduire. S'il accepte ou rend grâce avec un doux sourire, Cent fois dans l'avenir vous vous en vanterez. Quand vous saurez le nom dont l'étranger s'appelle, Ce grand jour restera la date la plus belle De vos souvenirs illustrés.

De quels signes pieux vous marquerez les places

Où ce mortel béni laissa jadis ses traces !

Dès lors vos prés, vos bois auront pour visiteurs

Tous les esprits tendus vers les gloires humaines : Un chant de Lamartine éclos dans ces domaines Leur vaudra d'éternels flatteurs.

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