‹ PoésiesChapitre 40 sur 101 · AU BAL · texte numérisé non relu

AU BAL

A Madame ***

Madame, je le tiens de la jeune coquette Qui là-bas, sans valseurs, sèche sur la banquette, Derrière un éventail, entre deux grand'mamans : Quoi ! vous valsez encore, et vous avez trente Quoi ! vous osez le soir découvrir vos épaules ; Vous montiez vos cheveux ; que les femmes sont drôles ! Suivez un bon conseil, — ou craignez quelque éclat, — Mettez un spencer jaune, un béret chocolat. — Elle dit; mais déjà la feinte moraliste De vos arrangements a pris pour soi la liste; Votre coiffeur viendra dès demain la coiffer; Gageons que sa toilette, elle aussi, va bouffer.

Eh bien, résignez-vous à rester son modèle, Aidez en ses vingt ans la triste demoiselle : Belle aux seins demi-nus, aux bras demi-gantés, Belle de qui nos yeux cherchent lesvénustés, Belle aux fiers cheveux noirs couronnés de pervenche, Régnez sur cette enfant, vous êtes la plus blanche ; Mais elle est la plus jeune et jugez son humeur : Le fruit mûr porte ombrage à l'acerbe primeur. Regardez-la, d'ici, débiter ses vinaigres, Et comprenez vos torts : ses épaules sont maigres. Que n'avez-vous sa taille et ses coudes pointus ! Laide au bal, vous seriez son type de vertus. Avec Arsinoé jouez donc Célimène ; Consentez que de loin la prude vous malmène. Quand les fins cavaliers négligent ses printemps Pour entraîner vos pas vers la valse à trois temps.

Inédit.

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