RÉPONSE
Petite dame, êtes-vous folle De plaisanter ainsi mon cœur ?
Votre message est un moqueur, Mais vous m'aimez, je me console.
— Lisons encor...
Oui, vous voulez savoir comment j'eus le courage De profiter d'un corridor Pour vous donner lestement au passage
Un billet doux, Devant ce mari cruel et jaloux.
— C'était au bal, selon l'histoire :
La valse de Weber modulait sur l'ivoire ;
Vous, dans mes bras, docile au mouvement, Vogue et rêveuse,
Vous soupiriez; pur effet d'instrument, Tant vous plaît ce rythme allemand; Mais quelle oreille chatouilleuse!
Je compris si bien ma valseuse Qu'en tournant, oui déjà, je tournais en esprit L'écrit.
— Après, dans le boudoir, lieu commode où l'on cause,
Nous devisions, couple qui se repose Sur un joli canapé rose.
Que vois-je ! Ah' madame, pardon !
Vos regards, attirés par le Baiser d'Houdon
Vers la pendule, Encourageaient l'albâtre avec un abandon De baigneuse qu'un cygne adule; Si bien que vos yeux, ô Léda, Me rappelaient mon agenda, Toujours sur moi pour les cas de cédule.
— Un bouquet dans la main, vous respiriez l'odeur :
Avec quel trouble involontaire Vos narines battaient sur la rose, ô pudeur ! Cette façon m'émut de flairer une fleur
Comme on sacrifie à Cythère.
« Permettez, dis-je alors, j'aperçois mon notaire »
(Sot prétexte ! — pour ne rien taire ;
Je disparais, j'écris deux mots, Puis j'accours me rasseoir, et j'attends l'à-propos.
— Devant nous, surla table, un drageoirde vieux Sèvres
Présentait à vos lèvres Ses bonbons recouverts de papier panaché. Avec quel air, mon Dieu, vous croquez une amande ! Quel minois d'Amour alléché !
« Bravo! pensai-je, elle est gourmande; Bon espoir pour l'autre péché, Le caché. »
Et, glissant mon poulet sous une papillote,
J'allais vous l'offrir, quand, las de bouillotte, Monsieur vient vous prendre et part, le despote !
— Je suivais. — Arrivons à ce cher corridor Où madame remit sa fourrure à glands d'or :
Chatte câline !
Vos épaules, votre poitrine, Se caressaient après l'hermine.
Quel toucher délicat !
Daignez concevoir mon état.
— Plus de doute :
Les cinq sens m'indiquaient la route.
Monsieur nous pressait ; Le placet
Passa dans vos doigts, puis dans ton corset. On n'est pas de porphyre, écoute!
« Fi ! m'écrivez-vous, Devant ce mari cruel et jaloux ! »
— J'admets le scrupule :
Un mois plus tard, s'il avait vu Près de mon feu certain pied nu Chausser ma mule, Qu'aurait-il dit ? Belle chanson!
Et c'est vous qui pour lui me demandez raison? Très bien! je suis à la maison Et pour vous seule. — Allons! viens vite; J'attends, petite.
LUSTRATIONS
Raffinons nos plaisirs, l'amour et l'art surtout, Par des lustrations salutaires au goût.
Avant l'heure où ma dame, en nocturne costume, Ma dame et les combats m'attendent sur la plume, Lutteur impatient, mais aux apprêts formé, Je me plonge d'abord dans un bain parfumé; Et de là, plus adroit, vers l'amoureuse arène Je m'élance, et plus vif le sang court en ma veine. Oh ! qu'alors il m'est doux, assoupli par les eaux, D'essayer mon courage entre tes bras rivaux, Maîtresse! et que bien mieux ma mouvante narine Découvre quel bouquet a fleuri ta poitrine,
Lorsqu'attirant ma bouche avide sur ton cœur,
Tes doigts cerclés d'anneaux caressent leur vainqueur !
Baignons la volupté dans les ondes lustrales.
— Trempons l'instinct de l'art aux sources magistrales.
Pour mieux goûter le beau, j'ai pu quitter Paris,
Mon séjour préféré mais pas assez compris,
Et j'ai vu l'Italie, et dans Florence et Rome
Ces monuments fameux qui m'appelaient, jeune homme.
Puis je reviens au gîte, ayant bien profité.
Quel orgueil m'attendait dans ma chère cité !
Je m'arrête ébloui devant l'Hôtel de ville :
La pierre a revêtu l'ordonnance et le style;
Je contemple ; et pourtant le jour de mon départ
Je passais dédaigneux. Mais j'ai pris le bain d'art;
Et, saluant du front le palais à tes armes,
Paris, ô mon berceau, j'admire enfin tes charmes.
— Par des lustrations salutaires au goût, Raffinons nos plaisirs, l'amour et l'art surtout.