‹ PoésiesChapitre 78 sur 101 · JANVIER · texte numérisé non relu

JANVIER

O terribles débuts des janviers à Paris! Où cacher nos amours, ces pigeons ahuris? Dansnosrobes dechambreenfermons-nous, mignonne. Donne à Manon campos; et faisons-nous un jeu D'apprêter la dînette ensemble auprès du feu; Mais gardons-nous d'ouvrir si quelquefois on sonne.

Sur notre tapis vert nous sommes dans les prés : Ce pain blond représente un champ d'épis dorés; Le vin rouge est un cru, celui de l'Hermitage; Plus loin, sous le cresson, gîte un jeune perdreau; Enfin, au dernier plan, remarque un vieux château, Ce nougat crénelé. — Quel gentil paysage!

L'eau bout pour la théière ; écoute sa chanson : On dirait un bouvreuil, ou plutôt un pinson. — Çà, mon cœur, ton divan vaut-il pas la fougère? Côte à côte placés, ne nous sentant plus qu'un, Devant la même assiette ayons tout en commun, Puisqu'aux prés les dîneurs n'ont plus de ménagère.

J'ai fleuri ton alcôve : admire sa gaîté. Après dessert, sais-tu? prenons là notre thé; L'endroit, de gaze enclos, figure une charmille Pendant que tu boiras la tasse à petits coups, Les furtives douceurs viendront à pas de loups Câliner nos amours, ces pigeons en famille.

Et du sein des hivers, sur l'oreiller, je veux Battre encor les buissons, perdu dans tes cheveux ; Ta forêt de cheveux que la verveine embaume, Délivrons-la du peigne, et nous l'embrouillerons Afin de nous rêver parmi les liserons, Sous un feuillage épais d'où s'échappe un arôme.

Mais entends-tu le vent hurler contre les murs? Ma chérie, en janvier les bois ne sont plus sûrs :

RIMES GALANTES 2û5

Peureux, frileux, douillets, hivernons dans la plume; Et, comme un nouvel an ne va pas sans cadeaux, Echangeons, sous le ciel des bleuâtres rideaux, Un long baiser, si long que la nuit s'y consume.

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