SCÈNE D'INTÉRIEUR
Deuxclienets — desAmours, — runflûteur,l'autrearcher, Veillaient devant le feu d'une chambre à coucher. Dansl'âtre, un morceau d'orme, une théière anglaise, Laissés seuls, gémissaient sur leur commun malaise; Si bien que chaque Amour, une oreille au Péko, Une oreille à la bûche, écouta ce duo.
(Entre nous, l'histoire est réelle :
Je me trouvais dans la ruelle.)
L'orme écumait :
« Quel sournois que mon maître!
M'appeler le doyen Des arbres de son bien, Et m'écharper, le traître ! »
Le thé fumait :
« Moi, monsieur m'édulcore.
Mais, ce soir, quel ennui!
J'attends trop après lui, Mon parfum s'évapore. »
L'orme sifflait :
« Il m'amenait sa belle; Je leur servais d'ombrelle.
Quoi! me brûler pour elle ! »
Le thé soufflait :
« Ils sont là sur la plume ; Et mon eau se consume !
Je tourne à l'amertume. »
L'orme éclatait :
« Plus de goûters sur l'herbe, O ma voûte superbe! »
Le thé chantait :
« Quand le Péko graillonne, Qui donc en boit? Personne! »
L'orme criait :
« Au feu ! gens de l'alcôve. »
Le thé fuyait :
« Bonne nuit! je me sauve. »
L'orme croula.
Le thé coula.
Leurs voix avaient fini par se mieux faire entendre : Sous les pinces d'acier l'un croulait dans la cendre ; L'autre, bouillant, coula dans les bols japonais. — Alors quelqu'un posa sur les Amours chenets Deux petons nus, et dit : « Pouah ! que ton thé m'amuse, Toi qui viens m'embrasser pendant que lui s'infuse! »
(Rien de plus vrai, car, entre nous, La dame était sur mes genoux.)