‹ PoésiesChapitre 82 sur 101 · SCÈNE D'INTÉRIEUR · texte numérisé non relu

SCÈNE D'INTÉRIEUR

Deuxclienets — desAmours, — runflûteur,l'autrearcher, Veillaient devant le feu d'une chambre à coucher. Dansl'âtre, un morceau d'orme, une théière anglaise, Laissés seuls, gémissaient sur leur commun malaise; Si bien que chaque Amour, une oreille au Péko, Une oreille à la bûche, écouta ce duo.

(Entre nous, l'histoire est réelle :

Je me trouvais dans la ruelle.)

L'orme écumait :

« Quel sournois que mon maître!

M'appeler le doyen Des arbres de son bien, Et m'écharper, le traître ! »

Le thé fumait :

« Moi, monsieur m'édulcore.

Mais, ce soir, quel ennui!

J'attends trop après lui, Mon parfum s'évapore. »

L'orme sifflait :

« Il m'amenait sa belle; Je leur servais d'ombrelle.

Quoi! me brûler pour elle ! »

Le thé soufflait :

« Ils sont là sur la plume ; Et mon eau se consume !

Je tourne à l'amertume. »

L'orme éclatait :

« Plus de goûters sur l'herbe, O ma voûte superbe! »

Le thé chantait :

« Quand le Péko graillonne, Qui donc en boit? Personne! »

L'orme criait :

« Au feu ! gens de l'alcôve. »

Le thé fuyait :

« Bonne nuit! je me sauve. »

L'orme croula.

Le thé coula.

Leurs voix avaient fini par se mieux faire entendre : Sous les pinces d'acier l'un croulait dans la cendre ; L'autre, bouillant, coula dans les bols japonais. — Alors quelqu'un posa sur les Amours chenets Deux petons nus, et dit : « Pouah ! que ton thé m'amuse, Toi qui viens m'embrasser pendant que lui s'infuse! »

(Rien de plus vrai, car, entre nous, La dame était sur mes genoux.)

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