‹ PoésiesChapitre 84 sur 101 · SI JEUNESSE SAVAIT SI VIEILLESSE POUVAIT · texte numérisé non relu

SI JEUNESSE SAVAIT SI VIEILLESSE POUVAIT

Si jeunesse savait ce que vaut la jeunesse, Comme les jeunes gens tiendraient à leur maîtresse! Comme ils se garderaient d'invoquer la raison Pour délier les nœuds par une trahison ! Chacun se cloîtrerait dans le bonheur de plaire; Vous n'y pourriez plus rien, paternelle colère. Le fils, impitoyable en sa félicité, Répondrait : « Hors l'amour, tout n'est que vanité. » Et les doux cavaliers, les dames désireuses, Roucoulant deux à deux les églogues heureuses, Dépenseraient leur âge en d'étemels conflits Sous la voûte des bois et le dôme des lits.

— Si vieillesse pouvait réparer la vieillesse, Comme les bons vieillards entreraient en liesse !

Comme ils déclineraient l'honneur des blancs cheveux, Pour disputer la femme aux blondins, leurs neveux! Vous avez beau flamber, feu de l'adolescence, Il vous faudrait compter avec leur renaissance : Car alors on verrait ces galants reverdis, Aussi verts qu'autrefois, mais plus fins que jadis, Raffiner les moyens dans l'art de bien s'y prendre ; Et les dames alors, n'osant plus se défendre, Se rendraient à merci dans d'éternels tournois Sous le dôme des lits et la voûte des bois.

Si jeunesse savait ce que vaut la jeunesse;

Si vieillesse pouvait réparer la vieillesse ;

Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait,

Quels conflits, quels tournois, sur l'herbe et le duvet !

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