LES TROIS JOURS GRAS
Auguste Polymnie, austère Calliope,
Noble Érato, souffrez qu'on rie ainsi qu'Ésope.
J'entends les cors du Carnaval
Sonner les fanfares nocturnes;
Vierges, laissez vos froids cothurnes,
Et descendez du piédestal.
Vous, Ode, Épopée, Élégie, Qui les drapez en effigie Dans la majesté du péplum, Cachez votre aigreur, si ma guise Durant les jours gras les déguise Sans respect pour le décorum.
J'ouvre boutique de toilettes.
— Muses coquettes, Je tiens les mouches et le fard ;
J'ai, de hasard, Exprès couché sur mes tablettes,
Un lot d'atours Hérités de nos vieilles cours.
Belles, partagez-vous ce luxe et ces trois jours.
A qui Dimanche? A Polymnie D'oser la première choisir Parmi les nippes du plaisir.
Pardon, Phébus, dieu d'harmonie.
« Evoque donc François Premier, Dit la Déesse au costumier, Pour un soir j'emprunte sa mode :
Ote-moi les lauriers de l'Ode.
Je veux tout, depuis le bonnet
Jusqu'aux chaussures d'un Sonnet Tel que Ronsard en accommode. »