UN REVE
Je dormais; sur mon front abattant son essor,
Un jeune sylphe aux ailes d'or,
En souriant , sembla me dire :
Dors tant que l'aube viendra luire , \mi, de t'éveiller il n'est pas temps encor.
Je le crus; ma paupière un moment soulevée, Pour mieux voir dans la nuit, se referma soudain; Et des songes menteurs le vigilant essaim
De sa victime retrouvée
S'empara jusqu'au lendemain.
J'étais dans un vallon qu'embaumait l'ambroisie , Et que les rossignols égayaient de leur voix , Où je ne sais quel dieu m'enivrait à la fois Et d'amour et do poésie.
( io8 )
J'entendais des accords pleins de mélancolie ; Ils semblaient dans les airs se perdre et revenir ,
Pareils à ce luth d'Eolie Qu'anime , en l'effleurant , l'invisible Ze'phir.
Et les roses pleuvaient; et les flancs des nuages Réfléchissaient au loin mille arcs-en-ciel joyeux ;
Et mille célestes images , Lentement, tour à tour, passaient devant mes yeux.
Une surtout , je crois encor l'entendre , Entre toutes ses sœurs , et belJe , et pure, et tendre , M'apparut , et sa main à ma main fut s'unir Je dormais , je le sais : pourtant son souvenir D'un doux ressentiment me fait trembler encore; Oui, quand aux feux vermeils de la naissante aurore.
Confus tout ensemble et charmé , Je me dis : levons-nous , puisque la nuit s'achève ; D'un inquiet désir malgré moi consumé, Je rêvais encor... à mon rêve!