‹ Poésies (volume 2)Chapitre 14 sur 31 · UN REVE · texte numérisé non relu

UN REVE

Je dormais; sur mon front abattant son essor,

Un jeune sylphe aux ailes d'or,

En souriant , sembla me dire :

Dors tant que l'aube viendra luire , \mi, de t'éveiller il n'est pas temps encor.

Je le crus; ma paupière un moment soulevée, Pour mieux voir dans la nuit, se referma soudain; Et des songes menteurs le vigilant essaim

De sa victime retrouvée

S'empara jusqu'au lendemain.

J'étais dans un vallon qu'embaumait l'ambroisie , Et que les rossignols égayaient de leur voix , Où je ne sais quel dieu m'enivrait à la fois Et d'amour et do poésie.

( io8 )

J'entendais des accords pleins de mélancolie ; Ils semblaient dans les airs se perdre et revenir ,

Pareils à ce luth d'Eolie Qu'anime , en l'effleurant , l'invisible Ze'phir.

Et les roses pleuvaient; et les flancs des nuages Réfléchissaient au loin mille arcs-en-ciel joyeux ;

Et mille célestes images , Lentement, tour à tour, passaient devant mes yeux.

Une surtout , je crois encor l'entendre , Entre toutes ses sœurs , et belJe , et pure, et tendre , M'apparut , et sa main à ma main fut s'unir Je dormais , je le sais : pourtant son souvenir D'un doux ressentiment me fait trembler encore; Oui, quand aux feux vermeils de la naissante aurore.

Confus tout ensemble et charmé , Je me dis : levons-nous , puisque la nuit s'achève ; D'un inquiet désir malgré moi consumé, Je rêvais encor... à mon rêve!

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