‹ Poésies (volume 2)Chapitre 13 sur 31 · L'EXIL · texte numérisé non relu

L'EXIL

« 1VJ.ALHEUREUX le mortel qu'a jeté le naufrage

• Sur ce sol de l'exil dont les fruits sont amers ,

» Connue le souille de l'orage

• Jette aux pieds du passant l'algue , rebut des mers !

■ Quel bonheur me vaudra ma paisible demeure ? » Enfant, je désirais en dépasser le seuil;

• Vingt ans sont écoulés , je la quitte et je pleure...

a Si loin de mon berceau , j'entrevois mon cercueil !

» Oh ! quand s'arrêtera ma course vagabonde ? » Quand finiront pour moi les caprices du sort ?

• Quand pourra mon vaisseau , triste jouet de l'onde

» S'arrêter enfin dans le port?

r> Mais aux coups du malheur exposé sans défense , » Un pouvoir inconnu m'arrache à ces beaux lieux : « Bords aimés de l'Authie , où rêva mon enfance , « Recevez mes derniers adieux!

» Ma mère , quand je fuis ce bien aimé rivage ,

« Puissent veiller sur toi des dieux moins ennemis !

« Je n'ai pu consoler ton précoce veuvage ;

» Qui te consolera de la perte d'un fils ? »

Je partais, et souvent je me tournais encore Vers le toit qui fuyait dans les ombres du soir , Vers le toit qu'au retour de la prochaine aurore J'étais sûr de ne pas revoir,

A quel tourment l'exil nous livre !

De nos jours, sans l'éteindre , il pâlit le flambeau : Le banni ne meurt pas , mais il souffre de vivre. L'exil est un long rêve au sein d'un grand tombeau.

Trois fois malheur à lui ! Voyageur solitaire , 11 ne marche entouré d'aucun tendre lien :

Il regarde au loin sur la terre ; Et nul regard aimant ne veut répondre au sien.

Et la mort qui le voit, au printemps de sa vie , Tout pâle et l'œil éteint , seul errant à l'écart , Se dit en le frappant : sa tâche est accomplie : Délivrons enfin ce vieillard.

De la patrie au moins l'image auguste et belle Rayonne à sa pensée au moment du trépas; Et de son lit de mort il tend sa main fidelle A la main d'un ami... qu'il ne rencontre pas.

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