L'EXIL
« 1VJ.ALHEUREUX le mortel qu'a jeté le naufrage
• Sur ce sol de l'exil dont les fruits sont amers ,
» Connue le souille de l'orage
• Jette aux pieds du passant l'algue , rebut des mers !
■ Quel bonheur me vaudra ma paisible demeure ? » Enfant, je désirais en dépasser le seuil;
• Vingt ans sont écoulés , je la quitte et je pleure...
a Si loin de mon berceau , j'entrevois mon cercueil !
» Oh ! quand s'arrêtera ma course vagabonde ? » Quand finiront pour moi les caprices du sort ?
• Quand pourra mon vaisseau , triste jouet de l'onde
» S'arrêter enfin dans le port?
r> Mais aux coups du malheur exposé sans défense , » Un pouvoir inconnu m'arrache à ces beaux lieux : « Bords aimés de l'Authie , où rêva mon enfance , « Recevez mes derniers adieux!
» Ma mère , quand je fuis ce bien aimé rivage ,
« Puissent veiller sur toi des dieux moins ennemis !
« Je n'ai pu consoler ton précoce veuvage ;
» Qui te consolera de la perte d'un fils ? »
Je partais, et souvent je me tournais encore Vers le toit qui fuyait dans les ombres du soir , Vers le toit qu'au retour de la prochaine aurore J'étais sûr de ne pas revoir,
A quel tourment l'exil nous livre !
De nos jours, sans l'éteindre , il pâlit le flambeau : Le banni ne meurt pas , mais il souffre de vivre. L'exil est un long rêve au sein d'un grand tombeau.
Trois fois malheur à lui ! Voyageur solitaire , 11 ne marche entouré d'aucun tendre lien :
Il regarde au loin sur la terre ; Et nul regard aimant ne veut répondre au sien.
Et la mort qui le voit, au printemps de sa vie , Tout pâle et l'œil éteint , seul errant à l'écart , Se dit en le frappant : sa tâche est accomplie : Délivrons enfin ce vieillard.
De la patrie au moins l'image auguste et belle Rayonne à sa pensée au moment du trépas; Et de son lit de mort il tend sa main fidelle A la main d'un ami... qu'il ne rencontre pas.