LA FLEUR BU SOUVENIR
Ije jeune Edmond allait quitter Laurence ; Le cri de guerre appelait sa valeur; Triste déjà des ennuis de l'absence , Laurence en deuil lui dit: « Prends cette fleur Gage d'amour qu'anima la féerie , Rien que ma mort ne pourra la ternir : Morgane un jour en orna la prairie , Et la nomma la fleur du souvenir. »
Il est parti bien loin de ce rivage , Où l'attendaient Laurence et le bonheur : Pensers de gloire enflamment son courage', rensers d'amour font palpiter son cœur ; Et quand des nuits descendait la rosée , Au vague espoir du lointain avenir,
Plus d'une larme , en secret déposée , Venait mouiller la fleur du souvenir.
Tout seul , un soir , dans la longue avenue D'un val profond où se taisaient les vents , 11 crut ouïr une voix bien connue Dans les rameaux murmurer : je t'attend; Le lendemain , formidable présage !
Il voit la fleur à demi se ternir ; Et son regard n'osa plus davantage Interroger la fleur du souvenir.
Et quand la paix , des rives étrangères L'eut rappelé vers le séjour natal, Il accourut vers le toit de ses pères ; Mais agité d'un présage fatal.
Aux lieux sacrés qu'habitait son amie Sur une tombe il vit l'herbe jaunir :
Et c'était là qu'à jamais endormie , Elle attendait la fleur du souvenir !