L'INVASION DES BARBARES
■Lrf'ÉTÉ , quand le soleil poursuit en paix son cours , Il se cache parfois sous d'imprévus nuages ; Et l'on voit des forêts se noircir les détours , Et s'assombrir au loin les riants paysages ;
Mais les momens d'effroi sont courts :
De nouveau souriant au monde , Du lugubre manteau l'astre s'est dépouillé ; Et sa flamme engloutit cette vapeur immonde , Comme le feu dévore un vêtement souillé.
0 toi qui redoutais une nuit éternelle , Vois comme de nouveau le soleil étincelle ,
Toujours intarissable et pur;
Et quel torrent de feux ruisselle
Des hauteurs du limpide azur !
Et vous aussi , Français , d'une nuit passagère Par un éclat nouveau couvrez le souvenir !
Réveillez-vous ; et que la terre De votre honneur vengé songe à s'entretenir !
Ce n'est plus un lointain rivage , Vers lequel vous devez marcher; Repoussez l'ennemi de ce même courage Que vous mîtes à le chercher.
Sous des deux inconnus vous combattiez naguères; Mais voici maintenant la plus noble des guerres ,
La plus féconde en beaux lauriers :
Guerre où se développe un sublime courage ; Où qui tombe est martyr et revit d'âge en âge :
La sainte guerre des foyers !
Le Sarmate a franchi la frontière sacrée ; Dans sa langue étrangère il vous promet la mort. Les reconnaissez-vous à leur lance acérée , Homicide stylet du nord ?
( 7) Les reconnaissez-vous à leurs noires bannières ,
Surtout à leurs nobles exploits ; A ce long craquement d'innocentes chaumières , Dont leur main sacrilège a consumé les toits ? Les reconnaissez-vous aux pleurs de vos amantes , Qu'ils ont osé flétrir de leurs baisers hideux ; A ce lugubre amas de ruines fumantes ; A ce rouge torrent, qui bondit derrière eux? Partout où vous verrez des villages en flammes
Et des cadavres entassés , Là sont empreints les pas de leurs hordes infâmes ,
Et c'est par là qu'ils sont passés !
De trente ans de hauts faits exterminant l'histoire , Ils disent qu'ils viendront , guidés par l'Éternel ,
Sous l'arc même de la victoire ,
Bivouaquer dans le Carrousel.
Ils ne l'oseront pas ; le péril presse : Aux armes !
Les yeux tout baignés de larmes , Que vous devez essuyer,
Déjà la France en alarmes A frappé son bouclier.
Que la nation se lève ; Que tout soc devienne glaive , Et tout laboureur , soldat !
De vos hautes basiliques Tombez , cloches pacifiques , Pour mugir dans le combat !
Par le pe'ril émancipée ,
Donnons à l'enfance une épée ;
Armons le débile vieillard !
L'exécrable Annibal est aux portes de Rome ; Que le peuple en courroux marche , comme un seul homme,
A l'abri d'un seul étendard !
Plus pressés mille fois que ces feuilles sans nombre , Dont le printemps couvre un bois sombre , L'aurore a vu leurs bataillons ; Mais le soir les verra , prosternés sur nos plages , Plus nombreux mille fois que ces pâles feuillages Entassés par l'automne au creux des noirs vallons.
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Cette pièce a été faite en i8i5, peu de temps après la bataille. L'auteur , qui était Français alors , a dû maudire les résultats d'un événement si funeste à la France ; et , comme on le verra dans nn morceau qui suit, en qualifiant Waterloo de Berceau de l'esclavage, il n'a pu avoir en vue que l'esclavage de son pays.