WATERLOO
(1815.) Qui bene pro patriâ cum patriâque cadunt.
A OMBEAU de la valeur , berceau de l'esclavage , Waterloo , Waterloo , sois maudit d'âge en âge !
Ce fut sur ton sol abhorré Que s'est voilé pour nous l'astre de la victoire ; Et qu'un seul jour a dévoré Trente ans de bonheur et de gloire.
Surpris dans son vol radieux , L'aigle, tout palpitant, s'abattit sur la poudre
Mais , en tombant du haut des cieux , Dans sa serre obstinée il retenait la foudre.
Là , Blucher , ce soldat aux farouches vertus , Et le héros douteux que l'Angleterre honore , Jetant sur leur laurier un œil timide encore , S'embrassèrent, tout éperdus.
A leurs succès croyant à peine , Et d'un accent vainqueur , par la crainte étouffé, Ils se demandaient , hors d'haleine :
Comment avons-nous triomphé ?
Laissons-leur célébrer cette lâche conquête. L'avenir , du destin corrigeant les hasards , De leurs palmes d'un jour détournera la tète , Et nos cyprès eux seuls fixeront ses regards.
Car, ils n'ont point péri du trépas des esclaves , Ces héros , qui , sans peur , sans faste , sans effort , Expirèrent joyeux, et comme il sied aux braves D'un œil ouvert et fixe envisageant la mort.
Un vœu pour la patrie , un souvenir fidèle Du chef accoutumé dont ils suivaient les pas ,
Puis, quelques simples mots de mémoire éternelle , Qu'eût enviés Léonidas :
C'est ainsi qu'à la mort ensemble ils préludèrent: «Rendez-vous. — Nous mourons.» Et lesboulets frappèrent.
Pleurons ces guerriers généreux , Martyrs de notre indépendance ; Pleurons ; ils sont morts pour la France , Et la France est morte avec eux.