‹ PoésiesChapitre 11 sur 33 · L'HUILE ET LE VINAIGRE · texte numérisé non relu

L'HUILE ET LE VINAIGRE

ijÔTE à côte , enfermés dans leur prison de verre , L'un et l'autre arrivés tout frais De Provence et d'Orléanais ,

Huile et vinaigre, hier (croyez-moi : j'écoutais ), Se querellaient pour se distraire.

— « Je ne connais point de rival ;

Et de mes hauts-faits historiques Tite-Live a fourni les preuves authentiques.

Auxiliaire d'Annibal , J'ai prêté mon secours à son noble courage

Des Alpes je brisai les flancs, Et vengeant l'univers de ses fers insoleu

J'ouvris l'Italie à Carthage. »

La fille du pâle olivier

Répond : « Que m'importe l'histoire ?

Quant à moi, c'est la Bible, avant tout, qu'il faut croire : David, sans ma liqueur, n'eût été qu'un ânier.

Dans ce siècle philosophique ,

Devant le maître-autel de Rheims

Je fais encor des souverains :

A leur auguste front j'imprime un sceau mystique :

Car , pour le Français , dégoûté

De six siècles de royauté , Où crimes et malheurs arrivaient à la file ,

L'antique légitimité Est un mets un peu sûr , qu'il faut arroser d'huile. »

Et déjà s'échauffaient leurs contestations; Quand Gertrude à la fin , cuisinière entendue ,

Mit d'accord les deux champions ,

Et s'en empara sans façons ,

Pour arroser une laitue.

Tonsurés et mondains se disputent le pas :

De sots raisonncmens vient la longue enûladc ; Mais le trépas est la salade Où vont s'engloutir leurs de'bats.

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