L'HUILE ET LE VINAIGRE
ijÔTE à côte , enfermés dans leur prison de verre , L'un et l'autre arrivés tout frais De Provence et d'Orléanais ,
Huile et vinaigre, hier (croyez-moi : j'écoutais ), Se querellaient pour se distraire.
— « Je ne connais point de rival ;
Et de mes hauts-faits historiques Tite-Live a fourni les preuves authentiques.
Auxiliaire d'Annibal , J'ai prêté mon secours à son noble courage
Des Alpes je brisai les flancs, Et vengeant l'univers de ses fers insoleu
J'ouvris l'Italie à Carthage. »
La fille du pâle olivier
Répond : « Que m'importe l'histoire ?
Quant à moi, c'est la Bible, avant tout, qu'il faut croire : David, sans ma liqueur, n'eût été qu'un ânier.
Dans ce siècle philosophique ,
Devant le maître-autel de Rheims
Je fais encor des souverains :
A leur auguste front j'imprime un sceau mystique :
Car , pour le Français , dégoûté
De six siècles de royauté , Où crimes et malheurs arrivaient à la file ,
L'antique légitimité Est un mets un peu sûr , qu'il faut arroser d'huile. »
Et déjà s'échauffaient leurs contestations; Quand Gertrude à la fin , cuisinière entendue ,
Mit d'accord les deux champions ,
Et s'en empara sans façons ,
Pour arroser une laitue.
Tonsurés et mondains se disputent le pas :
De sots raisonncmens vient la longue enûladc ; Mais le trépas est la salade Où vont s'engloutir leurs de'bats.