‹ PoésiesChapitre 13 sur 33 · L'ENFANT ET L'ORTIE · texte numérisé non relu

L'ENFANT ET L'ORTIE

Au printanier enclos d'un jardin parfumé,

Un jeune et bel enfant , par un beau ciel de mai ,

Trottant et s'arrêtant tour-à-tour et sans causes ,

Poursuivait, dans l'azur, les papillons enans,

Égarait au hasard ses pas indifFérens ,

Ou sur de frais gazons éparpillait les roses.

Mais une fleur nouvelle a frappé ses regards.

Il voit près du velours de ses feuilles bien vertes ,

Des fleurs d'un pur albâtre , et récemment ouvertes...

Il s'approche , soudain voilà dix mille dards

Lancés contre sa main.... Il se lamente et cric :

Cette fleur , c'était une ortie.

— Qu'on avait là plantée? — Eh ! mon Dieu , non ; chacun Sait trop que le chardon, ainsi que l'importun,

Race éternelle et parasite ,

Pour fleurir quelque part , n'attend pas qu'on l'invite ;

En ce monde où tout est mêlé , Ce qui déplaît toujours arrive de soi-même.

Le sot vient sans être appelé ;

Le chardon croît, sans qu'on le sème; Cette digression ra'égarerait plus loin

Que mon enfant crîrait encore.

De tels cris s'entendraient du couchant ù l'aurore. Hustaut, le jardinier, accourt, et dans un coin L'aperçoit ; et l'enfant de lui conter sa peine , De lui montrer sa main , toute humide de sang : « Moi pourtant, disait-il , je n'y touchais qu'à peine,

D'un doigt craintif et caressant *> .

Hustaut ne répond point ; mais dans ses doigts il crache ,

S'approche en riant de la fleur ,

La saisit , l'empoigne et l'arrache

Sans compliment et sans douleur.

Dans l'étroit sentier de la vie Vous rencontrerez mainte ortie, Maint critique aux mille aiguillons.

Caresscz-lcs : gare alors la piqûre.

Sachez les aborder , ferme dans votre allure ,

Vous verrez que l'égratignurc Ne s'attache jamais qu'à la main des poltrons.

Page 1