L'ENFANT ET L'ORTIE
Au printanier enclos d'un jardin parfumé,
Un jeune et bel enfant , par un beau ciel de mai ,
Trottant et s'arrêtant tour-à-tour et sans causes ,
Poursuivait, dans l'azur, les papillons enans,
Égarait au hasard ses pas indifFérens ,
Ou sur de frais gazons éparpillait les roses.
Mais une fleur nouvelle a frappé ses regards.
Il voit près du velours de ses feuilles bien vertes ,
Des fleurs d'un pur albâtre , et récemment ouvertes...
Il s'approche , soudain voilà dix mille dards
Lancés contre sa main.... Il se lamente et cric :
Cette fleur , c'était une ortie.
— Qu'on avait là plantée? — Eh ! mon Dieu , non ; chacun Sait trop que le chardon, ainsi que l'importun,
Race éternelle et parasite ,
Pour fleurir quelque part , n'attend pas qu'on l'invite ;
En ce monde où tout est mêlé , Ce qui déplaît toujours arrive de soi-même.
Le sot vient sans être appelé ;
Le chardon croît, sans qu'on le sème; Cette digression ra'égarerait plus loin
Que mon enfant crîrait encore.
De tels cris s'entendraient du couchant ù l'aurore. Hustaut, le jardinier, accourt, et dans un coin L'aperçoit ; et l'enfant de lui conter sa peine , De lui montrer sa main , toute humide de sang : « Moi pourtant, disait-il , je n'y touchais qu'à peine,
D'un doigt craintif et caressant *> .
Hustaut ne répond point ; mais dans ses doigts il crache ,
S'approche en riant de la fleur ,
La saisit , l'empoigne et l'arrache
Sans compliment et sans douleur.
Dans l'étroit sentier de la vie Vous rencontrerez mainte ortie, Maint critique aux mille aiguillons.
Caresscz-lcs : gare alors la piqûre.
Sachez les aborder , ferme dans votre allure ,
Vous verrez que l'égratignurc Ne s'attache jamais qu'à la main des poltrons.