‹ PoésiesChapitre 22 sur 33 · DIVERS · texte numérisé non relu

DIVERS

( i8i ) LE SALUT DES AMES*.

LiE jour tombait ; dans un temple écarte' ,

Une lampe religieuse A l'ombre e'paisse opposait sa clarté' ;

Je l'aperçus : beaucoup de pieté

Et quelque peu de curiosité Guidaient mes pas. Vue foule pieuse Semblait attendre avec anxiété Je ne sais quoi ; mais son impatience Se concentrait dans un dévot silence,

* L'automne dernier , dans la paroisse de St-Josse-ten-Noode , au moment où devait avoir lieu le salut des âmes, le curé, que retenaient ailleurs d'importantes oLligalions , fut hors d'état de se rendre i l'église. Le chantre déclara de sa pleine autorité que nulle des âmes du susdit hameau n'avaient en aucun temps habité le purgatoire , et que partant, les prières auxquelles les bonnes gens s'astreignaient d'ordinaire A cette époque devenaient à tout égard superflues ; cet événement donna lieu au conte suivant.

( iSï )

D'une béate au modeste maintien , Aux yeux baissés , au corsage chrétien ,

A la pudique contenance , Je m'approchai , désirant qu'il lui plût Me dire en toute confiance Ce que l'on attendait en ces lieux. — Le salut , Me dit-elle ; un salut que toutes les années , Pour les âmes de nos aïeux , Au purgatoire condamnées , Chacun psalmodie en ces lieux ,

De son mieux.

Car s'il est bon qu'il s'accomplisse Cet arrêt dont le Ciel a frappé le pécheur , Un salut bien chanté peut calmer le Seigneur, Et de mille ans au moins abréger le supplice. Et cependant , monsieur , hélas !

De charité pour moi j'en pleure , Nous attendons depuis une heure Notre curé qui ne vient pas.

Mais cette pieuse sortie

( i«3) S'interrompt j tout-à-coup s'ouvre la sacristie.

On regarde ; est-ce le curé ?

Non ; mais d'un blanc surplis paré ,

C'est le chantre , l'œil égaré , Qui de son vieux pasteur voudrait sauver la gloire , Et l'air tout à la fois prophétique , effaré ,

Harangue en ces mots l'auditoire :

»t Frères , notre curé ne viendra pas. — Pourquoi? — Gardez-vous d'accuser ou son zèle ou sa foi ; Hier , comme il dormait , ce n'est point une histoire ,

Et tout mon récit est notoire :

Un ange des plus radieux ,

En habit des plus somptueux ,

A daigné paraître à ses yeux :

« Curé , dit-il , daigne m'en croire ;

w De ce faubourg les habitans ,

» Du formidable purgatoire

» Ont esquivé dans tous les tems

» Le domicile expiatoire ;

» Et, maintenant comme jadis ,

t> Leur âme , en s'échappant de cet obscur taudis

» Qu'on nomme un corps parmi vous autres , » Sie'ge auprès des démons , ou non loin des apôtres ; « Dégringole en enfer ou giimpe en paradis. » — Frères , vous entendez , c'est Dieu qui vous dispense De marmoter un oratorio Langueniihus in purgatorio ; Vous y consentirez. , je pense.

S'il est d'autres captifs dans ce lieu de douleurs , A leur sort re'servons nos pleurs ; Mais quelle que soit leur angoisse , Il est inutile , chre'tiens , De prier Dieu pour des vauriens Qui ne sont pas de la paroisse. «

( '85) LE GLAQUEUR,

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