VOILA POURQUOI J'AI DÉSERTE
JVIes chers amis, vous connaissez mon ciime; Bien que l'honneur voulût guider mes pas, De Mont-au-ciel abjurant la maxime, J'ai du mousquet débarrassé mon bras.
En faction , seul et mélancolique , J'aurais, la nuit, compromis ma santé; De longs sommeils m'attendaient en Belgique Voilà pourquoi j'ai déserté.
Que sais-je encore? A l'Espagne opprimée Rendant son chef qu'emprisonnait la loi , Il m'eut fallu , dans le gros de l'armée, Exterminer un peuple , au nom d'un roi;
11 m'eût fallu d'une main fanati([ue Devers Cadix frapper la liberté.
L'indépendance animait la Belgique :
Voilà pourquoi j'ai déserte'.
Pour Frayssinous , jugez de mes alarmes , Il m'eût fallu, grenadier capucin , M'agenouiller en présentant les armes , Quand vers Mont-Rouge il se rend le matin ; Il m'eût fallu , d'une voix séraphique , Dire , avant boire , un béiiédicUé; La tolérance égayait la Belgique :
Voilà pourquoi j'ai déserté ,
Pauvre soldat , dans cette chambre auguste Où le pouvoir se tait devant les droits , Où doit pâlir le Roi qui fut injuste , Où doit veiller la majesté des lois, Mon caporal , d'une voix énergique , M'eût dit peut-être : Empoigne un député;
Les députés sont libres en Belgique:
Voilà pourquoi j'ai déserté.
Tout enchanté des discordes qu'il sème , Et dans Paris répandant son poison , Le bon Franchet , qui ne veut pas qu'on s'aime Aux vrais amis prêche la trahison.
Depuis long-tems j'aimais un ciel [)ropice, Où tout respire et candeur et gaîté , Où l'amitié ne craint pas la police :
Voilà pourquoi j'ai déserté.