LA BARQUE D'HYMEN
Ije vent fraîchit ; et la voile est tendue ; Gais passagers , la barque vous attend ! Ils vont tenter une mer inconnue ; 0 doux zephir , ne sois pas inconstant ! Couple chéri , qu'un tendre amour assemble , Joyeux d'espoir , en vous donnant la main , Montez tous deux, tous deux voguez ensemble, Voguez en paix sur la barque d'hyinen.
Ce ciel d'azur déployé sur vos têtes , En souriant , vous prédit le bonheur ; Mais croyez-moi : non moins que les tempêtes Du calme plat redoutez la langueur.
Qu'autour du màt , incessamment bourdonne Des frais désirs le vic[ilant essaim ,
Et que jamais Cupidon n'abandonne Le gouvernail de la barque d'hymen !
Pour échapper aux périls du voyage , A fond de cale enfermez les soucis:
Si par hazard survenait un orage , Serrez-vous bien , pour n'être point transis : Des nuits d'hiver redoutez Tinfluence , Car on a vu , le fait est trop certain , Maint voyageur , faute de prévoyance , Mourir de froid dans la barque d'hymen.
Il vient un temps où l'errante nacelle Touche l'empire habité par la mort.
A ce moment , heureux l'époux fidèle Qui , le premier , peut entrer dans le port ! Mais que le ciel à jamais vous rassemble! Et sur la rive , en vous donnant la main , Le même jour, élancez-vous ensemble , Elancez-vous de la barque d'hymen.