‹ PoésiesChapitre 7 sur 33 · ÉPITHALAME · texte numérisé non relu

ÉPITHALAME

A l'ombre d'un myrte sauvage Dont l'hiver a séché les fleurs , L'ennui gravé sur son visage , L'Hymen rêvait à ses malheurs; Et prolongeant sa sombre veille , Obsédé de tourmens jaloux, Frissonnait , en prêtant l'oreille Au chant sinistre des coucous.

La jonquille , fatal emblème ,

Sur son front s'unit aux pavots;

La langueur au front toujours blême

Le suit , les yeux à-demi-clos ;

Près d'elle vient la défiance , Qu'accompagnent les noirs soupçons ; Et le Dieu dans sa main balance , Un sceptre chargé de glaçons.

Voilà que dans la forêt sombre Un jour plus doux a pénétré; Vainqueur de l'hiver et de l'ombre , L'amour vient, des jeux entouré :

Puisque le hasard nous rassemble , Dit à l'Hymen l'enfant gâté , Unissons désormais ensemble Et ton aplomb et ma gaîté.

Hymen répond au dieu frivole :

Je consens fort à nous lier , Et de grand cœur , à ta parole Je voudrais, hélas! me fier.

Mais tes promesses tiendront-elles?

Car Je l'avouerai sans détour ,

Je t'entends ; mais je vois tes ailes. Détache-les , repond l'amour.

En revanche , avec confiance Tu suivras aussi mes leçons ; Je bannirai de ta présence Et la langueur et les soupçons.

Tu jouiras du privilège Que j'ai de porter un bandeau , Et ma main secouera la neige Que je verrai sur ton manteau.

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