ÉPITHALAME
A l'ombre d'un myrte sauvage Dont l'hiver a séché les fleurs , L'ennui gravé sur son visage , L'Hymen rêvait à ses malheurs; Et prolongeant sa sombre veille , Obsédé de tourmens jaloux, Frissonnait , en prêtant l'oreille Au chant sinistre des coucous.
La jonquille , fatal emblème ,
Sur son front s'unit aux pavots;
La langueur au front toujours blême
Le suit , les yeux à-demi-clos ;
Près d'elle vient la défiance , Qu'accompagnent les noirs soupçons ; Et le Dieu dans sa main balance , Un sceptre chargé de glaçons.
Voilà que dans la forêt sombre Un jour plus doux a pénétré; Vainqueur de l'hiver et de l'ombre , L'amour vient, des jeux entouré :
Puisque le hasard nous rassemble , Dit à l'Hymen l'enfant gâté , Unissons désormais ensemble Et ton aplomb et ma gaîté.
Hymen répond au dieu frivole :
Je consens fort à nous lier , Et de grand cœur , à ta parole Je voudrais, hélas! me fier.
Mais tes promesses tiendront-elles?
Car Je l'avouerai sans détour ,
Je t'entends ; mais je vois tes ailes. Détache-les , repond l'amour.
En revanche , avec confiance Tu suivras aussi mes leçons ; Je bannirai de ta présence Et la langueur et les soupçons.
Tu jouiras du privilège Que j'ai de porter un bandeau , Et ma main secouera la neige Que je verrai sur ton manteau.