RÉPONSE A M. CHARLES NODIER
Tout se ressent du mal qu'ils causent.
Mais ils n'osent Approcher de toi seulement
Un moment.
Que ta voix si jeune et si vieille,
Qui m*éveille, Vient me délivrer à propos
Du repos !
Ta muse, ami, toute française,
Tout à l'aise, Me rend la sœur de la santé,
La gaieté.
Elle rappelle à ma pensée
Délaissée Les beaux jours et les courts instants
Du bon temps.
Lorsque, rassemblés sous ton aile
Paternelle, Échappés de nos pensions,
Nous dansions.
Gais comme l'oiseau sur la branche,
Le dimanche, Nous rendions parfois maUnai
L'Arsenal.
La tète ooqiifitte et fleurie
Delbrie Brillait ocnmiie un Uuet mêlé
Dans le blé.
Taefaés déjà par récritbire,
Sur l'ivoire Ses doigts légers allaient sautant
Et chantant.
Quelqu'un rédtait ifueique diose,
Vers ou prose, Puis nous courions recomoiencer
 danser.
Chacun de nous, futur grand homftie,
Ou tout comme, Apprenait plus vite à t'aimer
Qu'à rimer.
Alors, dans la grande boutique
Romantique, Chacun avait, maître ou garçon,.
Sa chanson :
Nous allions, brisant les pupitres
Et les vitres, Et nous avions plume el ^XXovc Au comptoir.
KËPONSE A M. CHARLES NODIER. 257
Hugo portait déjà dans l'àine
Notre-Dame, Et commençait à s'occuper
D'y grimper.
De Vigny chantait sur sa lyre
Ce beau sire Qui mourut sans mettre à l'euvers
Ses bas verts.
Ântouy battait avec Dante
Unandante; Emile ébauchait vite et tôt
Un presto.
Sainte»Beuve faisait dans l'ombre»
Douce et sombre, Pour un œil noir, un blanc bonnet»
Un sonnet.
Et moi, de cet honneur insigne
Trop indigne, Enfant par hasard adopté
Et gâté,
Je brochais des ballades, l'une
A la lune.
L'autre à deux ypux noirs e!l*^a\o>x\>
Audalom,
Cher tempt, plem de nékneolîe,
De Mie, Doot il fimt rendre à l'amitié
Lt moitiél
Pourquoi, lur ces flots oà s'élanoe
L'Eipéruice, Ne toit-^m que le souvenir
Revenir?
Ami, toi qu*a piqué l'abeille.
Ton coeur veille, Et tu n'eu murais ni guérir
Ni mourir;
Mais conmient &i8*tu donc, vieux maître,
Pour renaître?
Car tes vers, en dépit du temps,
Ont vingt ans.
Si jamais ta tète qui penche
Devient blanche, Ce sera comme ramandier,
Cher Nodier :
Ce qui le blauchit n'est pas l'âge,
Ni l'orage; C'est la fraîche rosée en pleurs
Dans les fleurs.
Ou dit : « Triste comme la porte
D^une prison. » — Et je crois, le dialîle m'emporte !
Qu'on a raison.
D'abord, pour ce qui me regarde,
Mon sentiment Est qu'il vaut mieux monter sa garde,
Décidément.
Je suis, depuis une semaine,
Dans un cachot, Et je m'aperçois avec peine
Qu'il fait très-chaud.
Je vais bouder à la fenêtre,
Tout en fumant; Le soleil commence à paraïUe
Tout doucement.
C'est uiM belle per^fiective,
De grand matin, Que des gens qui font la lessive
Dans le lointain.
Pour se distraire, si Ton bâille,
On aper^it D'abord une longue muraille,
Puis un long toit.
Ceux à qui ce s^our tranquille
Est inconnu Ignorent l'effet d'une tuile
Sur un mur nu.
Je u*aurais jamais cru moi-même,
Sans ravoir vu.
Ce que ce spectacle suprême
A d'impréviu
Pouiiaut les rayons de Tautomne
Jettent eucor Sur ce toit plat et monotone
Un réseau d'or;
Et ces cachots n'out rien de triste,
Il s'en faut bien :
Peintre ou poëte, cWquc m\\%X^ Y met du sien.
De dessins, de caricatures
Ils sont couverts.
Çà et là quelques écriture»
Semblent des vers.
Chacun tire une rêverie
De son bonnet :
Celui-ci, la Vierge Marie,
L'autre, un sonnet.
Là, c*est Madeleine eu peinture,
Pieds nus, qui lit; Vénus rit sous la couverture,
Au pied du lit.
Plus loin, c'est la Foi, l'Espérance,
La Charité, Grands croquis faits à toute outrance,
Non sans beauté.
Une Andalouse assez gaillarde,
Au cou miguon, Est dans un coin qui vous regarde
D*un air grognon.
Celui qui fit, je le présume,
Ce médaillon, Avait un gentil brin de plume
A son crayon».
' Théophile Oaut/er.
Le Christ regarde Louis-Philippe
D'un air surpris; Un honhomme fume sa pipe
Sur le lambris.
Ensuite vient un paysage
Très-compliqué, Où Ton voit qu'un monsieur très-sage
S'est appliqué.
Dirai-je quelles odalisques
Les peintres font, A leurs très-grands périls et ris^iues,
Jusqu'au plafond.^
Toutes ces lettres, effacées
Parlent pourtant ; Elles ont vécu, ces pensées,
Fût-ce un instant.
Que de gens, captifs pour une heure,
Tristes ou non.
Ont à celte pauvre demeure
Laissé leur nom!
Sur ce vieux lit où je rimaille
Ces vers perdus, Sur ce traversin où je \>h\\\e A ï)ras tendus,
Combien d'autres ont mis leur tète,
Combien ont mis Un pauvre corps, un cœur honnête
Et sans amis !
Qu'est-ce donc? en rêvant à Vide
Contre un barreau, Je sens quelque chose d*humide
Sur le carreau.
Que veut donc dire cette larme
Qui tombe ainsi, Et coule de mes yeux, sans charme
Et sans souci?
Est-ce que j*aime ma maîtresse?
Non, par ma foi !
Son veuvage ne l'intéresse
Pas plus que moi.
Est-ce que je vais faire un drame?
Par tous les dieux 1 Chanson pour chanson, une femme
Vaut encor mieux.
Sentirais-je quelque ingénue
Velléité DVimer cette belle inconim^è, La Li J>erté ?
Mft POÉSIES.
On dit, lorsque ce grand fantôme
Est verrouillé, Qu*il a l'air triste comme un tome
Dépareillé.
Est-ce que j*aurais quelque dette?
Mais, Dieu merci I Je suis en lieu sûr : on n*arréte
Personne ici.
Cependant cette larme coule,
Et je la vois Qui brille en tremblant et qui roule
Entre mes doigts.
Elle a raison, elle veut dire :
Pauvre petit, A ton insu ton cœur respire
Et t'avertit
Que le peu de sang qui l'anime
Est ton seul bien.
Que tout le reste est pouf la rime
Et ne dit rien.
Mais nul être n'es^ solitaire,
Même en pensant, Et Dieu n'a pas fait pow \e yA*^^^^
Ce peu de s^ng.
Lors<{ue tu railles ta mîaère
D'un air moqueur, Tes amis, ta sœur et ta mère
Sout dans ton cœur.
Cette pâle et faible étincelle
Qui vit en toi.
Elle marche, elle est immortelle, .
Et suit sa loi.
Pour la transmettre, il faut soi-même
La recevoir, Et l'on songe à tout ce qu'on aime
Sans le savoir.
Mpttmbre it«3.