‹ PoésiesChapitre 121 sur 142 · RÉPONSE A M. CHARLES NODIER · texte numérisé non relu

RÉPONSE A M. CHARLES NODIER

Tout se ressent du mal qu'ils causent.

Mais ils n'osent Approcher de toi seulement

Un moment.

Que ta voix si jeune et si vieille,

Qui m*éveille, Vient me délivrer à propos

Du repos !

Ta muse, ami, toute française,

Tout à l'aise, Me rend la sœur de la santé,

La gaieté.

Elle rappelle à ma pensée

Délaissée Les beaux jours et les courts instants

Du bon temps.

Lorsque, rassemblés sous ton aile

Paternelle, Échappés de nos pensions,

Nous dansions.

Gais comme l'oiseau sur la branche,

Le dimanche, Nous rendions parfois maUnai

L'Arsenal.

La tète ooqiifitte et fleurie

Delbrie Brillait ocnmiie un Uuet mêlé

Dans le blé.

Taefaés déjà par récritbire,

Sur l'ivoire Ses doigts légers allaient sautant

Et chantant.

Quelqu'un rédtait ifueique diose,

Vers ou prose, Puis nous courions recomoiencer

 danser.

Chacun de nous, futur grand homftie,

Ou tout comme, Apprenait plus vite à t'aimer

Qu'à rimer.

Alors, dans la grande boutique

Romantique, Chacun avait, maître ou garçon,.

Sa chanson :

Nous allions, brisant les pupitres

Et les vitres, Et nous avions plume el ^XXovc Au comptoir.

KËPONSE A M. CHARLES NODIER. 257

Hugo portait déjà dans l'àine

Notre-Dame, Et commençait à s'occuper

D'y grimper.

De Vigny chantait sur sa lyre

Ce beau sire Qui mourut sans mettre à l'euvers

Ses bas verts.

Ântouy battait avec Dante

Unandante; Emile ébauchait vite et tôt

Un presto.

Sainte»Beuve faisait dans l'ombre»

Douce et sombre, Pour un œil noir, un blanc bonnet»

Un sonnet.

Et moi, de cet honneur insigne

Trop indigne, Enfant par hasard adopté

Et gâté,

Je brochais des ballades, l'une

A la lune.

L'autre à deux ypux noirs e!l*^a\o>x\>

Audalom,

Cher tempt, plem de nékneolîe,

De Mie, Doot il fimt rendre à l'amitié

Lt moitiél

Pourquoi, lur ces flots oà s'élanoe

L'Eipéruice, Ne toit-^m que le souvenir

Revenir?

Ami, toi qu*a piqué l'abeille.

Ton coeur veille, Et tu n'eu murais ni guérir

Ni mourir;

Mais conmient &i8*tu donc, vieux maître,

Pour renaître?

Car tes vers, en dépit du temps,

Ont vingt ans.

Si jamais ta tète qui penche

Devient blanche, Ce sera comme ramandier,

Cher Nodier :

Ce qui le blauchit n'est pas l'âge,

Ni l'orage; C'est la fraîche rosée en pleurs

Dans les fleurs.

Ou dit : « Triste comme la porte

D^une prison. » — Et je crois, le dialîle m'emporte !

Qu'on a raison.

D'abord, pour ce qui me regarde,

Mon sentiment Est qu'il vaut mieux monter sa garde,

Décidément.

Je suis, depuis une semaine,

Dans un cachot, Et je m'aperçois avec peine

Qu'il fait très-chaud.

Je vais bouder à la fenêtre,

Tout en fumant; Le soleil commence à paraïUe

Tout doucement.

C'est uiM belle per^fiective,

De grand matin, Que des gens qui font la lessive

Dans le lointain.

Pour se distraire, si Ton bâille,

On aper^it D'abord une longue muraille,

Puis un long toit.

Ceux à qui ce s^our tranquille

Est inconnu Ignorent l'effet d'une tuile

Sur un mur nu.

Je u*aurais jamais cru moi-même,

Sans ravoir vu.

Ce que ce spectacle suprême

A d'impréviu

Pouiiaut les rayons de Tautomne

Jettent eucor Sur ce toit plat et monotone

Un réseau d'or;

Et ces cachots n'out rien de triste,

Il s'en faut bien :

Peintre ou poëte, cWquc m\\%X^ Y met du sien.

De dessins, de caricatures

Ils sont couverts.

Çà et là quelques écriture»

Semblent des vers.

Chacun tire une rêverie

De son bonnet :

Celui-ci, la Vierge Marie,

L'autre, un sonnet.

Là, c*est Madeleine eu peinture,

Pieds nus, qui lit; Vénus rit sous la couverture,

Au pied du lit.

Plus loin, c'est la Foi, l'Espérance,

La Charité, Grands croquis faits à toute outrance,

Non sans beauté.

Une Andalouse assez gaillarde,

Au cou miguon, Est dans un coin qui vous regarde

D*un air grognon.

Celui qui fit, je le présume,

Ce médaillon, Avait un gentil brin de plume

A son crayon».

' Théophile Oaut/er.

Le Christ regarde Louis-Philippe

D'un air surpris; Un honhomme fume sa pipe

Sur le lambris.

Ensuite vient un paysage

Très-compliqué, Où Ton voit qu'un monsieur très-sage

S'est appliqué.

Dirai-je quelles odalisques

Les peintres font, A leurs très-grands périls et ris^iues,

Jusqu'au plafond.^

Toutes ces lettres, effacées

Parlent pourtant ; Elles ont vécu, ces pensées,

Fût-ce un instant.

Que de gens, captifs pour une heure,

Tristes ou non.

Ont à celte pauvre demeure

Laissé leur nom!

Sur ce vieux lit où je rimaille

Ces vers perdus, Sur ce traversin où je \>h\\\e A ï)ras tendus,

Combien d'autres ont mis leur tète,

Combien ont mis Un pauvre corps, un cœur honnête

Et sans amis !

Qu'est-ce donc? en rêvant à Vide

Contre un barreau, Je sens quelque chose d*humide

Sur le carreau.

Que veut donc dire cette larme

Qui tombe ainsi, Et coule de mes yeux, sans charme

Et sans souci?

Est-ce que j*aime ma maîtresse?

Non, par ma foi !

Son veuvage ne l'intéresse

Pas plus que moi.

Est-ce que je vais faire un drame?

Par tous les dieux 1 Chanson pour chanson, une femme

Vaut encor mieux.

Sentirais-je quelque ingénue

Velléité DVimer cette belle inconim^è, La Li J>erté ?

Mft POÉSIES.

On dit, lorsque ce grand fantôme

Est verrouillé, Qu*il a l'air triste comme un tome

Dépareillé.

Est-ce que j*aurais quelque dette?

Mais, Dieu merci I Je suis en lieu sûr : on n*arréte

Personne ici.

Cependant cette larme coule,

Et je la vois Qui brille en tremblant et qui roule

Entre mes doigts.

Elle a raison, elle veut dire :

Pauvre petit, A ton insu ton cœur respire

Et t'avertit

Que le peu de sang qui l'anime

Est ton seul bien.

Que tout le reste est pouf la rime

Et ne dit rien.

Mais nul être n'es^ solitaire,

Même en pensant, Et Dieu n'a pas fait pow \e yA*^^^^

Ce peu de s^ng.

Lors<{ue tu railles ta mîaère

D'un air moqueur, Tes amis, ta sœur et ta mère

Sout dans ton cœur.

Cette pâle et faible étincelle

Qui vit en toi.

Elle marche, elle est immortelle, .

Et suit sa loi.

Pour la transmettre, il faut soi-même

La recevoir, Et l'on songe à tout ce qu'on aime

Sans le savoir.

Mpttmbre it«3.

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