‹ PoésiesChapitre 127 sur 142 · ADIEU, SUZON · texte numérisé non relu

ADIEU, SUZON

Emporter ta mauvaise tête, Qui m'a tout embaumé la main 1 Tu souris, petite hjrpocrite, Gomme la nymphe, en t'enfuyant.

Je m'en vais pourtant, ma petite.

Bien loin, bien vite,

Tout en riant.

Que de tristesse et que de eharmes.

Tendre enfant, dans tes doux adieux !

Tout m'enivre, jusqu'à tes larmes,

Lorsque ton cœur est dans tes yeux.

A vivre ton regard m'invite;

n me consolerait mourant.

Je m'en vais pourtant, ma petite,

Bien loin, bien vite,

Tout en pleurant.

Que notre amour, si tu m*oublies, Suzon, dure encore un moment ; Gonmie un bouquet de fleurs pâlies, Cache-le dans ton sein chaimant !

Adieu : le bonheur reste au gite ; Le souvenir part avec moi :

Je l'emporterai, ma petite.

Bien loin, bien vite,

Toujours à toi.

Oui, si j'étais femme, aimable et jolie,

Je voudrais, Julie,

Faire comme vous ; Sans peur ni pitié, sans choix ni mystère,

A toute la terre

Faire les yeux doux.

Je voudrais n'avoir de soucis au monde

Que ma taille ronde,

Mes chiffons chéris, Kt de pied en cap être la poupée

La mieux équipée

De Rome à Paiis.

Je voudrais garder pour toute science

Celte insouciance

Qui vous va si bien ; Joindre, comme vous, à l'étourderie

Cette rêverie

Qui ne pense à rien.

Je voudrais pour moi qu'il fût toujours tète,

Tf »i^iiiMipr 1» \èle

Et tourner la lève

Aux plus orgueilleux ; Être en même temps de glace et de flamme, La haine dans Tâme, L'amour dans les yeux.

Je détesterais, avant toute chose,

Ces \ieux teints de rose

Qui font peur à voir.

Je rayonnerais, sous ma tresse brune.

Gomme un clair de lune

En capuchon noir.

Car c'est si charmant et c'est si commode,

Ce masque à la mode.

Cet air de langueur !

Ah ! que la pâleur est d'un bel usage !

Jamais le visage

N'est trop loin du cœur.

Je voudrais encore avoir vos caprices,

Vos soupirs novices,

Vos regards savants.

Je voudrais enfin, tant mou cœur vous aime.

Être en tout vous-même...

Pour deux ou trois ans.

11 est un seul point, je vous le confesse,

Où votre sagesse

Me semble en défaut.

Vom n'osez pas être assez îwWtïvîâwç .

Votre orgueil vous gène ; Pourtant il en faut.

Je lie voudrais pas, à la contredanse,

Sans quelque prudence

Livrer mon bras nu ; Puis, au cotillon, laisser ma main blanche

Traîner sur la manche

Du premier venu.

Si mon fin corset, si souple et si juste,

D'un bras trop robuste

Se sentait serré.

J'aurais, je l'avoue, une peur moHelle

Qu'un bout de dentelle

N'en fût déchiré.

Chacun, en valsant, vient sur votre épaule

Réciter son rôle

D'amouieux transi; Ma beauté, du moins, sinon ma pensée,

Serait offensée

D'êti*e aimée ainsi.

Je ne voudrais pas, si j'étais Julie,

N'être que jolie

Avec ma l)eauté.

JiiJMju'au bout des doigts je serais duchesse ;

Comme ma ric\\esse, J'aurais ma fierté.

»yez-vous, ma chère, au siècle où nous sommes,

La plupart des hommes

Sont très-inconstants.

ir deux amoureux pleins d'un zèle extrême,

La moitié vous aime

Pour passer le temps.

land on est coquette, il £aut être sage.

L'oiseau de passage

Qui vole à plein cœur I dort pas en l'air comme une hirondelle,

Et peut, d'un coup d'aile.

Briser ime fleur.

Dërerobre tua.

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