ADIEU, SUZON
Emporter ta mauvaise tête, Qui m'a tout embaumé la main 1 Tu souris, petite hjrpocrite, Gomme la nymphe, en t'enfuyant.
Je m'en vais pourtant, ma petite.
Bien loin, bien vite,
Tout en riant.
Que de tristesse et que de eharmes.
Tendre enfant, dans tes doux adieux !
Tout m'enivre, jusqu'à tes larmes,
Lorsque ton cœur est dans tes yeux.
A vivre ton regard m'invite;
n me consolerait mourant.
Je m'en vais pourtant, ma petite,
Bien loin, bien vite,
Tout en pleurant.
Que notre amour, si tu m*oublies, Suzon, dure encore un moment ; Gonmie un bouquet de fleurs pâlies, Cache-le dans ton sein chaimant !
Adieu : le bonheur reste au gite ; Le souvenir part avec moi :
Je l'emporterai, ma petite.
Bien loin, bien vite,
Toujours à toi.
Oui, si j'étais femme, aimable et jolie,
Je voudrais, Julie,
Faire comme vous ; Sans peur ni pitié, sans choix ni mystère,
A toute la terre
Faire les yeux doux.
Je voudrais n'avoir de soucis au monde
Que ma taille ronde,
Mes chiffons chéris, Kt de pied en cap être la poupée
La mieux équipée
De Rome à Paiis.
Je voudrais garder pour toute science
Celte insouciance
Qui vous va si bien ; Joindre, comme vous, à l'étourderie
Cette rêverie
Qui ne pense à rien.
Je voudrais pour moi qu'il fût toujours tète,
Tf »i^iiiMipr 1» \èle
Et tourner la lève
Aux plus orgueilleux ; Être en même temps de glace et de flamme, La haine dans Tâme, L'amour dans les yeux.
Je détesterais, avant toute chose,
Ces \ieux teints de rose
Qui font peur à voir.
Je rayonnerais, sous ma tresse brune.
Gomme un clair de lune
En capuchon noir.
Car c'est si charmant et c'est si commode,
Ce masque à la mode.
Cet air de langueur !
Ah ! que la pâleur est d'un bel usage !
Jamais le visage
N'est trop loin du cœur.
Je voudrais encore avoir vos caprices,
Vos soupirs novices,
Vos regards savants.
Je voudrais enfin, tant mou cœur vous aime.
Être en tout vous-même...
Pour deux ou trois ans.
11 est un seul point, je vous le confesse,
Où votre sagesse
Me semble en défaut.
Vom n'osez pas être assez îwWtïvîâwç .
Votre orgueil vous gène ; Pourtant il en faut.
Je lie voudrais pas, à la contredanse,
Sans quelque prudence
Livrer mon bras nu ; Puis, au cotillon, laisser ma main blanche
Traîner sur la manche
Du premier venu.
Si mon fin corset, si souple et si juste,
D'un bras trop robuste
Se sentait serré.
J'aurais, je l'avoue, une peur moHelle
Qu'un bout de dentelle
N'en fût déchiré.
Chacun, en valsant, vient sur votre épaule
Réciter son rôle
D'amouieux transi; Ma beauté, du moins, sinon ma pensée,
Serait offensée
D'êti*e aimée ainsi.
Je ne voudrais pas, si j'étais Julie,
N'être que jolie
Avec ma l)eauté.
JiiJMju'au bout des doigts je serais duchesse ;
Comme ma ric\\esse, J'aurais ma fierté.
»yez-vous, ma chère, au siècle où nous sommes,
La plupart des hommes
Sont très-inconstants.
ir deux amoureux pleins d'un zèle extrême,
La moitié vous aime
Pour passer le temps.
land on est coquette, il £aut être sage.
L'oiseau de passage
Qui vole à plein cœur I dort pas en l'air comme une hirondelle,
Et peut, d'un coup d'aile.
Briser ime fleur.
Dërerobre tua.