‹ PoésiesChapitre 13 sur 142 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

La loge de la Caroargo* On la chausse.

CAMARGO

Il ira. — Laissez-moi seule, et ne manquez pas. Qu'on me vienne avertir quand ce sera mon pas.

— C'est la règle, ô mon cœur ! — Il est sûr qu'une femme Met dans une âme aimée une part de son âme. Sinon, d'où pourrait-elle et pourquoi concevoir La soif d'y revenir, et l'horreur d'en déchoir ? Au contraire un cœur d'homme est comme une marée Fuyarde des endroits qui l'ont mieux attirée Voyez qu*en tout lien, l'amour à l'un grandit Et par le temps empire, à l'autre refroidit. L'un, ainsi qu'un cheval qu'on pique à la poitrine, En insensé toujours contre la javeline Avance, et se la pousse au cœur jusqu'à mourir. L'autre, dès que ses flancs commencent à s'ouvrir, Qu'il sent le froid du fer, et l'aride morsure A//er chercher le cœur au fond de la ])]essure,

LES MARRONS DU FEU. ft7

11 prend la fuite en lâche, et se sauve d'aimer. —

Ah ! que puissent mes yeux quelque part allumer

Une phiie à la mienne en misère semblable,

Et je serai plus dure et plus inexorable

Qu'un pauvre pour son chien, après qu'un jour entier

Il a dit : u Pour l'amour de Dieu i >» sans un denier.

— Suis-je pas belle encor ? — Pour trois nuits mal dormies, Ma joue est-elle creuse? ou mes lèvres blêmies?

Vrai Dieu! ne suis-je plus la Camargo? — Sait-jpn Sous mon rouge, d'ailleurs, si je suis pâle ou non? Va, je suis belle encor ! C'est ton amour, perfide Garuci, que déjà le temps efface et ride, Non mon visage. — Un nain contrefait et boiteux , Voulant jouer Phœbus, lui ressemblerait mieux , Qu'aux façons d'une amour fidèle et bien gardée L'allure d'une amour défaillante et fardée. Ah I c'est de ce matin que ton cœur m'est connu, , Car eu le déguisant tu me l'as mis à nu. Certes, c'est un loisir magnifique et commode Que la paisible ardeur d'une intrigue à la mode !

— Qu'est-ce alors? — C'est un flot qui nous berce rêvant ! C'est l'ombre qui s'enfuit d'une fiimée au vent !

Mais que l'ombre devienne un spectre, et que les ondes S'enfoncent sous les pieds, vivantes et profondes, Le mal aimant recule, et le bon reste seul. Oh I que dans sa douleur ainsi qu'en un linceul Il se couche à cette heure et dorme ! La pensée D'un honune est de plaisirs et d'oublis traversée ; Une femme ne vit et ne meurt que d'amcrvit\ Elle songe une année à quoi hù pense \\tv\«\yc\

ft8 . POËSIES.

UETITIA^ entrant.

Madame, on vous attend à la troisième scène.

CAMABGO.

Est-ce la Monanteuil, ce soir, qui feit la reine ?

LiETITIA.

Oui, madame, et monsieur de Monanteuil, Sylvain.

CAMARGO

Fais porter cette lettre à l'hôtel du Dauphin.

Page 1