MUSICIENS
Allegro, seigneur!
Musique.
L*ABBÉ
Je ne vois rien.
A cette fenêtre. — Hum !
La musique contioac.
42 POBSIES.
— Rieu ue bouge. — Allons, toi, donue-moi ta guitare.
Il prend une c*itare.
Fi donc ! pouah !
Il en prrad une antre.
Hum ! je vais chanter, moi. — Ces marauds Se sont donné, je crois, le mot pour chanter faux.
Il cbante.
Pour tant de peine et tantdVmoi..,
Hum ! mi, mi, la.
Ponr tant de peine et tant d*ëmoi...
Mi. mi. — Bou.
Pour tant de peine et tant d'émoi, Où vous m'avez Jeté, Glymène, Ne me soyez point inhumaine.
Et, s*il se peut, secourez-moi, Pour tant de peine !
Quoi ! rien ue remue !
Va-t-elle me laisser faire le pied de grue ? Têlebleu ! nous verrons !
11 chante.
De tant de peine mon amour.. .
RAFAËL^ sortant de la maison, et s'arrôtant sur le pas de la porte. Ah! ah! monsieur l'abbé Desiderio ! — Parbleu ! vous êtes mal tombé.
l'abué.
Mal tombé, mousieur! — Mais, pas si mal. Je vous cliasse, Peut-être?
LES MARRONS DU FEU. Ui
RAFAËL
Point du tout ; je vous laisse la place. Sur ma parole, elle est boime à prendre, et, de plus, Toute chaude.
Monsieur, monsieur, pour faire abus Des oreilles d'un honune, il ne faut pas une heure ; — Il ne faut qu'un mot.
RAFAËL
Vrai ? j'aurais cru, que je meure, Les vôti*es sur ce point moins promptes, aux façons Dont les miennes d'abord avaient pris vos chansons.
l'abbé.
Tèté et ventre ! monsieur, faut-il qu'on vous les coupe ?
RAFAËL
Là, tout beau, sii*e! Il faut d'abord, moi, que je soupe. Je ne me suis jamais battu sans y voir clair, Ni couché sans souper.
l'abbé.
Pouf quelqu'un du bel air, Vous sentez le mauvais soupeur, mon gentilhomme.
Le touchant.
Ce vieux surtout mouillé ! Qu'est-ce donc qu'on vous nomme ? RAFAËL.
On me nomme seigneur Vide-bourse, casseur De pots ; c'est, en anglais, Blockhead, maître tueur D'abbés. — Pour le seigneur Garuci, c'est son père Le plus communément qui couche avec ma mère.
l'abbé.
S'il y couche demain, il court, ^e l\x\ ^TêâL\%,
Risque d'avoir pour femme une mère saus fils. ^ Voti-e logis? ■■^'
RAFAËL
Hôtel du Dauphin bleu. La |X)rte A droite, au petit Parc.
l'abbé.
Vos armes?
Peu m'importe ; Fer ou plomb, balle ou pointe.
l'abbé.
Et votre heure ?
RAFAËL
Midi.
L'abbé le salue et retourne à sa chaise.
RAFAËL. -
Ce |)etit abbé-là m'a Tair bien dégourdi. Parbleu! c'est un bon diable; il faut que je l'invite A souper. — Hé, monsieur, n*allez donc pas si vite !
l'abbé.
Qu*est-ce, monsieur?
, RAFAËL. A
Vos gens s'ensauvent, comme si^^L* La fièvre à leurs talons les emportait d'ici. Demeurez pour l'amour de Dieu, que je vous pose Un problème d'algèbre. — Est-ce pas une chose Véritable, et que voit quiconque a l'esprit sain. Que la table est au lit ce qu'est la poire au vin? De plus, deux gens de bien, à s'aller mettre en face Sans s'être jamais vus, ont plus mauvaise grâce,
LES MARRONS DU FEU. ft5
Assurément, que, quand il pleut, une catin
A descendre de fiacre en souliers de satin.
Donc, si vous m'en croyez, nous souperons ensemble;
Nous nous connaîtrons mieux pour demain.Que t'en semble,
khhé?
t/abbé.
Parbleu ! marquis, je le veux, et j'y vais. Il sort de sa chaise.
RAFAËL
Voilà les musiciens qui sont déjà trouvés ; Et pour la table, — holà, Palforio I Tauberge !
Frappant.
Cette porte est plus rude à forcer qu'une vierge. Palforio, manant tripier, sac à boyaux ! Vous verrez qu'à cette heure ils dorment, les bourreaux ! Il Jette une pierre dans la vitre.
PAI.FORIO^ à la fenêtre.
Jluel est le bon plaisir de votre courtoisie?
RAFAËL
Fais-nous faire à souper. Certes, l'heure est choisie Pour nous laisser ainsi casser tous tes carreaux! D%>èche, sac à vin ! — Pardieu ! si j'étais gros Gomme un muid, comme toi, je dirais qu'on me porte En guise d'écriteau sur le pas de ma porte ; On saurait où me prendre, au moins.
PALFORIO.
Excusez-moi , Très-excellent seigneur.
RAFAËL
Allons, déiûfti\e-\o>\.
Vile ! va mettre en Taîr ta marmitonnerie. Donne-nous ton meilleur yin et ta plus jolie Servante ; embroche tout : tes oisons, tes poulets, Tes veaux, tes chiens, tes chats, ta femme et tes valets! — Toi, Tabbé, passe donc ; en joie ! et pour nous battre Après, nous taperons, vive Dieu ! comme cpiatre.