LES MA1\1U)NS DU FK(J
l'abuÉ^ se Jetant à son cou.
Oh!
La Caniargo est assise; elle se lève et va à son alcôve. L'abLc la suit dans Tobscuritë. BUe se retourne et loi tend la main; il la saisit.
CAMÂRGO.
Main foiiel Au secours 1 Ce n'est pas lui.
Tous deux restent immobnes un instant.
L*ABBÉ
Madame, en pensant...
CAMARGO
Au guet ! — Mais quel est donc cet homme?
i/abBÉ^ lui mettant son mouchoir sur la bouche.
Ah I tête et sang !
Ma belle dame, un mot. — Je vous tiens, quoi qu'on fasse. Criez si vous voulez ; mais il faut qu'on en passe Par mes volontés.
CAMARGO^ étouffant.
Heuhl
l'abbé.
Écoute ! — Si tu veux Que uoiiS|)assious une heure à nous prendre aux cheveux , A ton gré, je le veux aussi, mais je te jure Que tu n'y peux gagner beaucoup, — et sois bien sûre Que tu n'y perdras rien. — Madame, au nom du ciel, Vous allez vous blesser. — Si mon regret moitel De vous offenser, si. . .
CAMARGO^ arrachant la boucle de sa ceinture et Ten frappant au visage.
Tu n'es qu'un misèxaVA»
Assassin. •— Au secours î
l'abbé.
Soyez donc raisonnable, Madame ! calmez-TOus. — Voulez-vous que vos gens Fassent jaser le peuple, ou venir les sergents? Nous sommes seuls, la nuit, — et vous êtes trompée Si vous pensez qu'on sort à minuit sans épée. Lorsque vous m'aurez fait éventrer un valet Ou deux, m'en croira-t-on moins heureux, s'il vous plaît ? Et n'eu prendra-t-on pas le soupçon légitime Qu'étant si criminel, j'ai conmiis tout le crime?
CAMARGO
Et qui donc es-tu, toi, qui me parles ainsi?
l'abbé.
Ma foi, je n'en sais rien. — J'étais le Garuci Tout à l'heure ; à présent. . .
CAMARGO^ le menant à Tendroit de la fenêtre où donne la lune. Viens ici. — Sur ta vie, Et le sang de tes os, réponds. — Que signifie Ce chiffre ?
l'abbé.
Ah I pardonnez, madame, je suis fou D'amour de vous. — Je suis venu sans savoir où. Ah! ne me faites pas cette mortelle injure. Que de me croire un cœur fait à cette imposture, Je n'étais plus moi-même, et le ciel m'est témoin Que de vous mériter nul n'a pris plus de soin. CAMARGO.
Je te crois volontiers en effet la cei'velle
Troublée. — Et cette plaque enfin, d'où te vient-elle?
l'abbé.
De lui.
CAMARGO
Lui? — L'as-tu donc égorgé ?
l'abbé.
Moi? Non point ; Je raijaissé très-vif, une bouteille au poing.
CAMARGO
Quel jeu jouons-nous donc ?
l'abbé.
Eli! madame, lui-même Ne pouvait-il pas seul trouver ce stratagème ? Et ne voyez-vous point qiie lui seul m'a donné Ce dont je devais voir mon amour couronné ? Et quel autre que lui m'eût dit votre demeure , M'eiH prêté ces habits , m'eût si bien marqué l'heure ?
CAMARGO
Rafaël ! Rafaël ! le jour que de mon front Mes cheveux sur mes pieds un à un tomberont ; Que ma joue et mes mains bleuiront comme celles D'un noyé, que mes yeux laisseront mes prunelles Tomber avec mes pleurs, alors tu penseras Que c'est assez souffert , et tu t'arrêteras !
l'abbé.
Mais...
CAMARGO
Et quel homme encor me met-il à sa place ? De quelle fange est Tcau qu'il me jette à la face ? Viens, toi. — Voyons, lequel est écrit dans-^tes yeux, Du stupide ou du lâche, ou si c'est lous \^% ^«evi.^.
i/abuk.
Madame !
CAMAUGO.
Je t'ai \u quelque part.
l'abbé.
Chez le comte Foscoli.
CAMARGO
C'est cela. — Si ce n'était de honte, Ce serait de pitié qu'à te voir ainsi fait Comme un bouffon manqué, le cœur me lèverait ! Voyons, qu'avais-tu bu ? dans cette violence. Pour combien est l'ivresse, et combien l'impudence ? Va, je te crois sans peine, et lui seul sûrement Est le joueur ici qui t'a fait l'instrument. Mais, écoute. — Ceci vous sera profitable. — Va-t'en le retrouver, s'il est encore à table ; Dis-lui bien ton succès, et que lorsqu'il voudra Prêtera ses amis des filles d'Opéra...
l'abbé.
b'Opéra! — Hé parbleu! vous seriez bien surprise Si vous saviez qu'il soupe avec la Cydalise.
CAMARGO
Quoi! Cydalise!
t/abbé.
Hé oui ! Gageons que l'on entend D'ici les musiciens, s'il fait un peu de vent.
Tous deux prêtent roreiile à la fenêtre. On entend une symphonie lente dans réloignenicnt.
Les MâuuoMs dl f£U.
CAMARGO
Ciel et terre ! c'est vrai !
l'abbé.
C'est ainsi qu'il oublie Auprès d'elle, qui u'est ui jeune ui jolie, La perle de nos jours! Ah! madame, songez Que vos attraits surtout par là sont outragés. Songez au temps, à l'heure, à l'insulte, à ma flamme ; Croyez que vos bontés...
CAMABGO.
Cydalise !
l'abbé.
Ëh ! madame, Ne daignerez \ous pas baisser vos yeux sur moi? Si le plus absolu dévoûment...
CAMARGO
Lève-toi, As-tu le poignet ferme?
l'abbé.
Hai!
CAMARGO
Voyons ton épée.
l'abbé.
Madame, en véi-ité, vous vous êtes cou|)ée.
CAMARGO
Hé quoi ! pâle avant l'heure, et déjà faiblissant ?
l'abbé.
Non pas, mais, tétebleu! voulez-vous donc du sang?
CAMARGO. Abbé, je veux du sang! J'en suis plus altérée Qu'une corneille au veut d'un caàawe aWVv^e.
Il est là-bas, dis-tu? — cours-y doue, — cQup&-lui
La gorge, et tire-le par les pieds jusqu'ici.
Tords-lui le cœur, abbé, de peur qu'il n'en réchappe.
Coupe-le en quatre, et mets les morceaux dans la nappe;
Tu me l'apporteras, et puisse m'écraser
La foudre, si tu n'as par blessure lin baiser !
Tu tressailles, Romain H C'est une faute étrange
Si tu te crois ici conduit par ton bon ange !
Le sang te fait-il peur? Pour t'en faire un manteau
De. cardinal, il faut la pointe d'un couteau.
Me jugeais-tu le cœur si large, que j'y porte
Deux amours à la fois, et que pas un n'en sorte?
C'est une faute encor ; mon cœur n'est pas si grand.
Et le dernier >enu ronge l'autre en entrant.
l'abbé.
Mais, madame, vraiment, c'est... Est-ce que ?. .. Sans doute, C'est un assassinat. — Et la justice?
CAMARGO
Écoute.
Je t'en supplie à deux genoux.
i/abbé.
Mais je me bats Avec lui demain, moi. Cela ne se peut pas ; Attendez à demain, madame.
CAMARGO
Et s'il te tue? — Demain! et si j'en meurs? — Si je suis devenue Folle? — Si le soleil, se prenant à pAlir, De ce sombre horizon ne pouvait pas sortir? On a vu quelquefois de telles nuits au monde. — Demain I le vais-je attendre à compter par seconde
Les heures sur mes doigts, ou sur les battements De mon cœur, comme un juif qui calcule le temps D'un prêt? — Demain ensuite, irai-je pour te plaire Jouer à croix ou pile, et mettre ma colère Au bout d'un pistolet qui tremble avec ta main? Non pas. — Non! Aujourd'hui est à nous, mais demain Est à Dieu!
i/abbé.
Songez 4pnc...
CAMARGO
Annibal, je t'adore !
Embrasse-moi !
Il se Jette à son cnu.
i/abbé.
Démous ! ! !
CAMARGO
Mon cher amour, j'implore Votre protection. — Voyez qu'il se fait tard. •— Me refuserez-vous ? — Tiens, tiens, prends ce poignard • Qui te verra passer ? il fait si noir ! i/abbé.
Qu'il meure.
Et vous êtes à moi?
CAMARGO
Cette nuit.
l'abbé.
Dans une heure.
Ah ! je ne puis marcher. — Mes pieds tremblent. — Je sens , Je — je vois...
CAMARGO
Annibal, je suis prête, et y^WewAs.