‹ PoésiesChapitre 24 sur 142 · M AU DOC HE · texte numérisé non relu

M AU DOC HE

et homme, ainsi i*eclus, "vivail en joie. — A peine e spleen le prenait-il quatre fois par semaine. 3ur ses moments perdus, il les donnait parfois Vart mystérieux de charmer par la ^oix ; 3S muses -visitaient sa demeure cachée, t quoiqu'il fît rimer idée avec fâchée.

11 le lisait. C'était du reste un esprit fort ; eût fait volontiers d'une tête de mort 11 falot, et mangé sa soupe dans le crâne 3 sa grand'mère. — Au fond, il estimait qu'un âne, )ur Dieu qui nous voit tous, est autant qu'un ânier. ;ut-étre que, n'ayant pour se désennuyer l'un livre (c'est le cœur humain que je veux dire) , avait su trop tôt et trop avant y lire ; est un grand mal d'avoir un esprit trop hâtif. Il ne dansait jamais au bal par ce motif.

puis certifier pourtant qu'il avait l'âme issi tendre en tout point qu'un autre, et que sa femme n ne le faisant point c — u) n'eût pas été us fort ni plus souvent battue, en vérité , je celle de monsieur de C**'. En politique, m sentiment était très-aristocratique, : je dois avouer qu'à consulter son goûl^ aimait mieux la Porte et le suVlau ^a\imQw\>

Que la chrétienne Smyrne, et ce bon peuple hellène Dont les flots ont rougi la mer hellespontienue ,

Et rougi de leur sang tes marbres, à Paros ! — Mais la chose ne fait rien à notre héros. Bien des heures, des jours, bien des longues semaine Passèrent, sans que rien dans les choses humaines Le tentât d'y rentrer. — Tout à coup, un beau jour Fut-ce l'ambition, ou bien fut-ce l'amour? (Peut-être tous les deux, car ces folles ivresses Viennent à tout pro{M)s déranger nos paresses) ; Quoi qu'il en soit, lecteur, voici ce qu'il advint A mon ami Mardoche, en l'an mil huit cent vingt.

Je ne vous dirai pas quelle fut la douairière Qui lui laissa son bien en s'en allant en terre. Sur quoi de cénobite il devint élégant. Et n'allait plus qu'en fiacre au boulevard de Gand. Que dorme en paix ta cendre, ô quatre fois bénie Douairière, pour le jour où cette sainte envie, Comme un rayon d'en haut te vint prendre en toussa: De demander un prêtre, et de cracher le sang ! Ta tempe fut huilée, et sous la lame neuve Tu te laissas clouer, comme dit Sainte-Beuve.

MAUDOCIIE. IIU

es meubles furent mis, douairière, au Châteiet ;

hacun vendu le tiers de l'argent qu'il valait.

e ta robe de noce on fit un parapluie ;

on boudoir, ô Vénus, devint une écurie.

uatre grands lévriers chassèrent du tapis

ou chat qui, de tout temps, sur ton coussin tapi,

'était frotté le soir l'oreille à ta pantoufle ,

it qui, maigre aujourd'hui, la queue au vent s'essoiiifle

. courir sur les toits des repas incertains.

- Admirable matière à mettre en vers latins !

; ne vous dirai pas non plus à quelle dame ardoche, ayant d'abord laissé prendre son âme, ut ces douces leçons, premier enseignement ue l'amie, à regret, donne à son jeune amant. ; ne vous dirai pas comment, à quelle fête la vit, qui des deux voulut le téte-à-tète, ui des deux, du plus loin, hasarda le premier 'œillade italienne, et qui, de l'écolier u du maître, trembla le plus. — Hélas! qu'en sais-je ue vous ue sachiez mieux, et que vous apprendra is-jt* .^

se peut qu'on oublie un reudez>vous donnée ne chance, — un remords, — et VUeuve ovvV v>w ^sV wv n

Et l'ai-genl qu'on emprunte. — Il se peut qu'on oui Sa femme, ses amis, son chien et sa patrie. — Il se peut qu'un vieillard perde jusqu'à son nom. Mais jamais l'insensé, jamais le moribond, Celui qui perd Tesprit, ni celui qui rend l'âme, N'ont oublié la voix de la première femme

Qui leur a dit tout bas ces quatre mots si doux

Et si mystérieux : u My dear child, I love you. »

Ce fut aux premiers jours d'automne, au mois d'octc

Que Mardoche revint au monde. — Il était sobre

D'habitude, et mangeait vite. — Son cuisinier

Ne le gênait pas plus que son palefrenier.

Il ne prit ni cocher, ni groom, ni gouvernante.

Mais (lionni soit qui mal y pense !) une servante.

De ses façons d'ailleurs rien ne parut changé.

Peut-être dira-t-on qu'il était mal logé ;

C'est à quoi je réponds qu'il avait pour voisine

Deux yeux napolitains qui s'appelaient Rosine

J'adore les yeux noirs avec des cheveux blonds. Tels les avait Rosine, — et de ces regards longs A s'y noyer. — C'étaient deux étoiles d'ébène Sur des cieux de cristal : — tantôt mourants, à pe Entr'ouveits au soleil, comme les voiles blancs Des abbesses de cour ; — tantôt étincelauts ,

(îulmes, livrant suiis crainte une âme sans mélange. Doux, et parlant aux yeux le langage d'un ange. — Que Mardoche y prît goût, ce n'est aucunement. Judicieux lecteur, raison d'étonnement.

M'en croira qui voudra, mais depuis qu'en décembre

La volonté du ciel est qu'on garde la chambre,

A coup sûr, paresseux et fou comme je suis,

A rêver sans dormir j'ai passé bien des nuits.

Le soir, au coin du feu, renversé sur ma chaise,

Mon menton dans ma main et mon pied dans ma braise,

Pendant que l'aquilon frappait à mes carreaux,

J'ai fait bien des romans, — bâti bien des châteaux ; —

J'ai, comme Prométhée, animé d'une flamme

Bien des êtres divins portant des traits de femme ;

Blonds cheveux, sourcils bnins, front vermeil ou pâli ;

Dante aimait Béatrix, — Byron la Guiccioli.

Moi (si j'eusse été miaitre en cette fantaisie) ,

Je me suis dit souvent que je l'aurais choisie

A Naple, un peu brûlée à ces soleils de plomb

Qui font dormir le pâtre à l'ombre du sillon ;

Une lèvre à la turque, et, sous un col de cygne.

Un sein vierge et doré comme la jeune vigne :

Telle que par instants Giorgione en devina.

Ou que dans cette histoire était la Rosiua..

Il en est de ramour comme des litanies

De la Vierge. — Jamais on ne les a finies ;

Mais une fois qu'on les commence, on ne peut plus

S'arrêter. — C'est un mal propre aux fruits défendus.

C'est pourquoi chaque soir la nuit était bien proche

Et le soleil bien loin, quand mon ami Mardoche

Quittait la jalousie écartée à demi,

D'où l'indiscret lorgnon plongeait sur l'ennemi.

— Même, quand il faisait clair de lune, l'aurore

A son poste souvent le retrouvait encore.

Philosophes du jour, je vous arrête ici. •

0 sages demi-dieux, expliquez-moi ceci.

On ne volerait pas, à coup sûr, une obole

A son voisin; pourtant, quand on peut, on lui vole..

Sa femme I — Car il faut, ô lecteur bien appris.

Vous dire que Rosine, entre tous les maris.

Avait reçu du ciel, par les mains d'un notaire.

Le meilleur qu'à Dijon avait trouvé son père.

On pense, avec raison, que sa mère, en partant.

N'avait rien oublié sur le point important.

î\ien n'est plus amusant qu'un premier jour de noce; Au débotté, d'ailleui's, on a\ait pris carrosse.

— Le lesle à l'avenant. — Sans compter les chapeaux D'Herbeau, rien n'y manquait. — C'est un méchant propos De dire qu'à six ans une poupée amuse

Autant qu'à dix-neuf ans un mari. — Mais tout s'use. Une lune de miel n'a que trente quartiers Comme un baron saxon, — Et gare les derniers. L'amour (hélas ! l'étrange et la fausse nature !) Vit d'inanition, et meurt de nourriture.

Et puis que faire? — Un jour, c'est bien loug.^Et demain.^ Et toujoui-s ? — L'ennui gagne. — A quoi rêver au bain ?

— Hélas ! l'Oisiveté s'endort, laissant sa porte Ouverte. — Entre l'Amour. — Pour que la Raison soi'te Il ne faut pas longtemps. La vie en un moment

Se remplit; — on se trouve avoir pris un amant.

— L'un attaque en hussard la déesse qu'il aime, L'autre fait l'écolier ; chacun a son système. Hier un de mes amis, se trouvant à souper Auprès d'une duchesse, eut soin de se tromper

xvni

De verre. « Mais, vraiment, dît Ib dame eu colère,

Ètes-voUs fou, monsieur? vous buvez dans mou verre. «

O l'homme peu galant, qui ne répondit rieu,

Si ce n'est : » Faites^en, madame, autant du mieu. '•

Assurément, lecteur, le tour était peiTide,

Car, l'ayant pris tout plehi, U W Ye;\\«iç;«i nSôr.

La dame avait du blanc, et pourtant eu rougit. Qu^y faire? Ou chuchota. Dieu sut ce qu'on en dit. Mou Dieu ! qui peut savoir lequel on récompense Le mieux, ou du respect, — ou de certaine offense ?

Je n'ai dessein, lecteur, de faire aucunement

Ici ce qu'à Paris on appelle un roman.

Peu s'en faut qu'un auteur, qui pas à pas chemine,

Ne vous fasse coucher avec sou héroïne.

Ce n'est pas ma manière, et, si vous permettez.

Ce sera quinze jours que nous aurons sautés.

— Un dimanche (observez qu'un dimanche la rue

Yivîenne est tout à fait vide, et que la cohue

Est aux Panoramas, ou l)ien au boulevard),

Un dimanche matin, une heure, une heure un quart.

Mardoche, habit marron, en landau de louage.

Par-devant Tortoni passait en grand tapage.

« Gare ! » criait le groom. Quoi ! Mardoche en landau i

— Oui. — Lagriselleà pied, trottant comme un perdrea

Jeta plus d'une fois sans doute à la portière

Du jeune gentleman l'œillade meurtrière.

Mais il n'y prit pas garde ; un important projet

A ses réflexions semblait donner sujet.

Son regard était roide, et jamais diplomate

Ne parut plus guindé, ni plus haut sur cravate.

.'en allait-il ? — Il allait à Meudou.

^i matin, si loin, si vite? Et pourquoi donc?

i. D'où sait-on, s'il vous plaît, qu'on approche

ge, sinon qu'on en entend la cloche ?

îhe suppose un clocher, — le clocher

— Le curé, quand c'est jour de prêcher,

l'un bedeau. — Le bedeau, d'ordinaire,

me temps cuistre à l'école primaire.

tre du lieu, lecteur, était l'ancien

mrents de Mardoche, et le sien.

ic débarqué, notre héros fit mettre *

! en un lieu sûr, qu'il pût reconnaître,

gna, sans trop regarder son chemin,

)lus mesuré qu'un sénateur romain.

j et lentement, comme un bayeur aux grues,

coudoyant le monde par les mes.

es longtemps que le bon magister iches matin sortait pour prendre l'air ; quoi, sans l'aller demander à sa porte, a d'al)ord le coin du bois, eu sorte

Jusqu'à la strophe XI^ avalent élè retranchés à la premuVe

Qu'au bout de treute (>as il était devant lui :

« Andhow do you do, mon bon père, aujourd'hui?»

Le vieillard, à vrai dire, un peu surpris, et comme

Distrait d'un rêve, ôta de ses lèvres la ponune

De sa canne, k Mon fils, tout va bien, Dieu merci,

Dit-il, et quel sujet vous fait venir ici?

— Sujet, reprit Mardoche, excessivement sage. Très-moral, un sujet très-logique. Je gage

Ma barbe et mon bonnet, qu'on pourrait vous donner Dix-sept éternités pour nous le deviner. >>

La matinée était belle ; les alouettes

Commençaient à chanter; quelques lourdes charrettes

Soulevaient çà et là la poussière. C'était

Un de ces beaux matins un peu froids, comme il fait

En octobre. Le ciel secouait de sa robe

Les brouillards vaporeux sur le terrestre globe.

« Asseyez-vous, mon fils, dit le prêtre ; voilà

L'un des plus beaux instants du jour. — Pour ce vent-là,

Je le crois usurier, bon père, dit Mardoche,

Car il vous met la main malgré vous à la poche.

— L'un des plus beaux instants, mon fiis, où les Inimaiiv Puissent à l'Éternel tendre leurs faibles mains;

L ame s'y seul ouverte, el la prière aisée.

— Oui ; mais nous avons là les pieds dans la rosée.

Bon père; autant vaudrait prier en plus bas lieu.

— Les monts, dit le vieillard, sont plus proches de Oien.

Ce sont ses vrais autels, et si le saint prophète

Moïse le put voir, ce fut au plus haut faîte.

— Hélas! reprit Mardoche, un homme sur le haut

Du plus pointu des monts, serait-ce le Jung-Frau,

Me fait le même effet justement qu'une mouche Au bout d'un pain de sucre. Ah ! bon père, la bouclie Des hommes, à coup sûr, les met haut, mais leurs pieds Les mettent bas. — Mon fils, dit le docteur, voyez Que vos cheveux sont d'or et les miens sont de neige. Attendez que le temps vienne. — Et qu'en apprendrai-je ? Prit l'autre, souriant de son méchant souris ; Science des humains n'est-elle pas mépris? » Il s'assit à ce mot. ce Laissons cela, mou père, Dit-il, je suis venu pour vous parler d'affaire.

Comme vous le disiez tout à l'heure, je suis

Jeune, par conséquent amoureux. Je ne puis

Voir ma maîtresse : elle a son mari. La fenêtre

Est haute, à parler franc, et... — Je vous ai vu naître,

Mon ami, dit le prêtre, et je vous ai tenu

Sur les fonts baptismaux . Quand vous èK'^ \e.\v\\

Au monde, votre père (et que Dieu lui pardoune. Car il est mort) vous prit des bras de votre bonne, Et me dit : Je le mets sous la protection Du ciel ; qu'il soit sauvé de la corruption !

— Le malheur, dit Mardoche, est que les demoiselles Sont toutes, par nature ou par mode, cruelles;

Car je vous entends bien, et je sais que c'est mal. Mais que voudriez-vous, monsieur, qu'on fit au bal ?

— Oui ! vous avez raison, dit le bedeau, le monde Est un lieu de misère et de pitié profonde.

— Donc, dit Mardoche, avec votre consentement, Je reprends mon récit et mon raisonnement.

Or je ne puis pas voir ma maîtresse ; hier même J'ai failli m'y casser le cou. — Bonté suprême !

Dit le bedeau, c'est Dieu qui vous aurait frappé. Quel est le malheureux que vous avez trompé.'

— Malheureux ? dit Mardoche; il n'en sait rien, mon père

— Il n'en sait rien, mon fils! Nul secret sur la terre N'est secret bien longtemps. — Bon, dit Mardoche, mais Je ne bavarde guère, et je n'écris jamais.

— Et quand cela serait, mon fils, je le demande. Une injure cachée en est-elle moins grande.^

Et aurez-vous donc moins desséché, désuni J'j) lion que la main d'un prêtre avait béni ?

MA.BDOCHE. 129

En aurez-vous moiiis fait le plvis coupable outrage À la société, dans sa loi la plus sage P Ce secret, qu'à jamais la terre ignorera, Pensez-vous que le ciel, qui le sait, l'oubliera P Songez à ce que c'est qu'un monde, et que le nôtre A quatre pas de long, et, pour horizon, l'autre.

— Quittons ce sujet-ci, dit Mardoche, je voi Que vous avez Je crâne autrement fait que moi. Je vous racontais donc comme quoi ma maîtiesse Était garclée à vue : on la promène en laisse.

— Et l'on a, dit le prêtre, éminemmeut raison. Ah ! qu'elle pense donc à garder sa maifon,

A vouer au Seigneur un cœur €x«mpt de feiutet

A doimer à ses fils un lait pur et la crainte

Du cieli — Mon révérend, dit l'autre, les oiseaux

Qui sont les plus charmants, sont ceux qui chantent ftiux.

Ne vous paraît-il pas simple et tout ordinaire

Qu'un rossignol soit laid, honteux, lorsqu'au contraire

Le paon, ce mal-apprisj porte un manteau doré.

Gomme un diacre à Noël à côté du curé P

Ne vous étotmez donc aucunement, hou père. Que le plus bel oiseau que nous ayotti imk Ukv%

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