LE LEVER
Assez dormir, ma belle !
Ta cavale isabelle Hennit sons tes balcons.
Vois tes piqueurs alertes, Et snr leurs manches vertes Les pieds noirs des faucons.
Vois écuyers et pages, En galants équipages, Sans rochet ni pourpoint.
Tètes chaperonnées.
Tramer les haquenées.
Leur arbalète au poing.
Vois bondir dans les herbes Les lévriers superbes, Les chiens trapus crier.
En chasse, et chasse heureuse !
Allons, mon amoureuse.
Le pied dans l'étrier !
Et d'abord, sous la moire, Avec VQ bras d'ivoire
LE LEVEP». l«l
Enfennons ce beau sein.
Dont la forme divine.
Pour que l'œil la devine.
Reste aux plis du oonssiu.
Oh ! sur ton front qm penciie, J*aime à voir ta main blandie Peigner tes cheveux noirs ; Beaux cheveux qn*an rassemble Les matins, et qn^ensemble Nous déÊûsons les soirs !
Allons, mon intrépide.
Ta cavale rapide Frappe du pied le sol.
Et ton bouffon balance.
Gomme un soldat sa lance, Son joyeux parasol t
Mets ton écharpe blonde Sur ton épaule ronde, Sur ton corsage d'or, Et je vais, ma cnai^ffiante, T'emporter dans ta mante, Comme un enfant qui dort !
Madrid, princesse des Espagnes,
Il court par tes mille campagnes
Bien des yeux bleus, bien des yeux noirs.
La blanche ville aux sérénades.
Il passe par tes promenades
Bien des petits pieds tous les soirs.
Madrid, quand tes taureaux bondissent.
Bien des mains blanches applaudissent, Bien des écharpes sont en jeux.
Par tes belles nuits étoilées.
Bien des seuoras long voilées Descendent tes escaliers bleus.
Madrid, Madrid, moi, je me raille De tes dames à fine taille Qui chaussent l'escarpin étroit; Car j'en sais une par le monde, Que jamais ni brune ni blonde N'ont valu le bout de son doigt 1
J'en sais une, et cei*tes la duègne Qui la surveiUe et qui la peigne
N'ouvre sa fenêtre qu'à moi ; Certes, qui veut qu'on le redi*esse, N'a qu'à l'approcher à la messe, Fût-ce l'archevêque ou le roi.
Car c'est ma princesse andalouse !
Mon amoureuse ! ma jalouse I Ma belle veuve au long réseau !
C'est un vrai démon ! c'est un augel Elle est jaune comme une -orange, Elle est vive comme un oiseau !
Oh ! quand sur ma bouche idolâtre Elle se pâme, la folâtre, Il faut voir, dans nos grands combats, . Ce corps si souple et si fragile.
Ainsi qu'une couleuvre agile, Fuir et glisser entre mes bras !
Or si d'aventure on s*enquête Qui m'a valu telle conquête.
C'est l'allure de mon cheval.
Un compliment sur sa mantille, Puis des bonbons à la vanille Par un beau soir de carnaval.
MADAME LA MAROlTfS
Vous coiiuat!iS€Z que j*ai pour mie Une Atidalûus*^ Si FœH lutin, Et sur mou ctt'urt tout endoraiie .
Je la berce jusqu^Hu maliu.
Voyi*z-la , çfuatid son bras m'enlace ♦ Comme le col d'un cygne hlanc , SViiivrcr , oublieuse et lasse , De quelque rêve nouchalanl.
Gais ehénibins 1 veillez sur elle. Planer ^ oi^cau\ , siir notre nid ; Dore/, du reflet de voîi'é .lile Son dûitx sommeil ^ que Dieu iH'njt I
Car toute eha<îe tiou.!; confie D'ouMicr tout , fors notre amour ; Nos pbîsirs. d'oublier la vie.
Kos rideaux, d^oublier le jour^
Pose ton iioiiflle sur um bouche.
Que ton âme y \ienne passer !
Oh l i^eston^ ainsi daiL% ma couelie , Jnaqti^à Theure de livpaswu- !
MADAME LA MAHQUISË. 105
Restons 1 L'étoile vagabonde Dont les sages ont peur de loin * , Peut-être en emportant le monde, Nous laissera dans notre coin.
Oh ! viens ! dans mou âme froissée Qui ^igne encor d'un mal bien grand , Viens verser ta blanche pensée, Comme un ruisseau dans un torrent !
Car sais-tu , seulement pour vivre , Combien il m'a fallu pleurer ?
De cet ennui qui désenivre Combien en mon cœur dévorer ?
Donne-moi , ma belle meîtresse, Un beau baiser, car je te veux Raconter ma longue détresse , En caressant tes beaux cheveux.
Or voyez qui je suis , ma mie, Car je vous pardonne pourtant De vous être hier endormie Sur mes lèvres, en m'écoutaut.
Pour ce , madame la marquise , Dès qu'à la ville il fera noir, De par le roi sera requise De venir en notre manoir ;
I Dans ce temps-là , on parlait beaucoup Ae Va comfeVt ^^ v^"**»- •
Et sur mon cœur, tout eudomie, La bercerai jusqu'au malin,
Caroncomiaîtquej'aipourmie Une Andalouse à l'œil lutin.
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A ULRIG GUTTINGUER
Ulric , nul œil des mers n*a mesuré Tabime, Ni les hérons plongeurs, ni les vieux matelots. Le soleil vient briser ses rayons sur leur cime, Comme un soldat vaincu brise ses javelots.
Ainsi , nul œil , Ulri^ n*a pénétré les ondes De tes douleurs sans borne, auge du riel tombé. Tu portes dans ta tête et dans ton cœur deux mondes , Quand le soir, près de moi , tu vas triste et courbé
Mais laisse-moi du moins regarder dans ton âme, Comme un enfant craintif se penche sur les eaux ; Toi si plein , front pâli sous des baisers de femme, Moi si jeune, enviant ta blessure et tes maux.
Juillet 1829.
SONNET
Que j'aime le premier frisson d'hiver ! le chaume. Sous le pied du chasseur, refusant de ployer ! Quand vient la pie aux champs que le foin vert embaume. Au fond du vieux château s'éveille le foyer ;
C'est le temps de' la ville. — Oh ! lorsque, l'an dernier, J'y revins, que je vis ce bon Louvre et son dôme, Paris et sa fumée, et tout ce beau royaume ( J'entends encore au vent les postillons crier ),
Que j'aimais ce temps gris, ces passants et la Seine Sous ses mille falots assise en souveraine ! J'allais revoir l'hiver. — Et toi , ma vie , et toi !
Oh ! dans tes longs regards j'allais tremper mon âme ; Je saluais tes murs. — Car, qui m'eût dit, madame. Que votre cœur sitôt avait changé pour moi ?
Août its».
C*était, dans la nuit brune, Sur le clocher jauni ,
La lune, Comme un point sur un i.
Lune, quel esprit sombre Promène au bout d'un ûl
Dans Tombre, Ta face et ton profil ?
Es-tu l'œil du ciel borgne ?
Quel chérubin cafard
Nous lorgne Sous ton masque blafard ?
N*es-tu rien qu'une boule?
Qu'un grand faucheux bien gras
Qui roule Sans pattes et sans bras?
Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer
Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer?
Sur ton front qui voyage Ce soir oot-Us camp^
Quel âge A leur éternité?
Est-ce un ver qui te rooge.
Quand ton disque noirci
S'allonge En croissant rétréci ?
Qui t'avait éborgnée L'autre nuit ? T*étais-lu
Cognée A quelque arbre pointu ?
Car tu vins, pâle et morne.
Coller sur mes carreaux
Ta cx>me, A travers les barreaux.
Va, lune moribonde, Le beau corps de Phœbé
La blonde Dans la mer est tombé.
Tu n'en es que la face.
Et déjà, tout ridé.
S'efface Ton front dépossédé.
Rends-nous la chasseresse.
Blanche, au sein virginal,
Qui presse Quelque cerf matiual !
Oh ! sous le vert platane, Sous les frais coudriers,
Diane, Et ses grands lévriers 1
Le chevreau noir qui doute, Pendu sur un rocher,
L'écoute, L'écoute s'approcher.
Et, suivant leurs curées, Par les vaux, par les blés.
Les prées.
Ses chiens s'en sont allés.
Oh ! le soir, dans la brise,'' Phœbé, sœur d'Apollo,
Surprise A l'ombre, un pied dans l'eau !
Phœbé qui, la nuit close, Aux lèvres d'un bei-ger
Se pose, Comme uu oiseau léger.
BALLADE A LA LLNE. 113
Luue, eu notre mémoire, De tes belles amours
L'histoire T'embellira toujours.
Et toujours rajeunie, Tu seras du passant
Bénie, Pleine lune ou croissant.
T'aimera le vieux pâtre.
Seul, tandis qu'à ton front
D'albâtre Ses dogues aboieront.
T'aimera le pilote
Dans son grand bâtiment,
Qui flotte, Sous le clair firmament !
Et la fillette preste Qui passe le buisson,
Pied leste.
En chantant sa chanson.
Comme un ours à la chaîne.
Toujours sous tes yeux bleus
Se traîne L'Océan montueux.
illi POÉSIES.
Et qu'il veille ou qu'il neige.
Moi-même, chaque soir,
Que fais-je, Venant ici m'asseoir ?
Je viens voir à la brune, Sur le clocher jauni,
La lune Comme un point sur un i.
Peut-être quand déchante ^ Quelque pauvre mari.
Méchante, De loin tu lui souris.
Dans sa douleur amère, Quand au gendre béni
La mère Livre la clef du nid,
Le pied dans sa pantoufle, Voilà répoux tout prêt
Qui souffle Le bougeoir indiscret.
Au pudique hyménée La vierge qui se croit
' Ces vera et les suivants avaient été nupprimés dans l édition'
Meuée, Grelotte en son lit froid.
Mais monsieur, tout en flamme, Commence à rudoyer
Madame Qui commence à crier.
u Ouf! dit-il, je travaille, Ma bonne, et ne fais rien
Qui vaille ; Tu ne te tiens pas bien. »
Et vite il se dépêche.
Mais quel démon caché
L'empêche De coEMûettre un péché ?
K Ah! dit-il, prenons garde.
Quel témoin curieux
Regarde Avec ces deux grands yeux ? »
Et c'est, dans la nuit brune.
Sur son clocher jauni,
La lune Comme un point sur nu i.
Vondriez-voas dire, comme de fait on peut logi calement inférer, que par ci-devant le mond* eust été fat, maintenant seroit devenu sage ? Pantagruel, li?. v.
J'ai connu, Tan dernier, un jeune homme nommé
Mardoche, qui vivait nuit et jour enfermé. ^
0 prodige I il n'avait jamais lu de sa vie
Le Journal de Paris, ni n'en avait envie.
Il n'avait vu ni Kean, ni Bonaparte, ni
Monsieur de Metternich ; — quand il avait fini
De souper, se couchait, précisément à l'heure
Où (quand par le brouillard la chatte rôde et pleure)
Monsieur Hugo va voir mourir Phébus le blond.
Vous dire ses parents, cela serait trop long.
Bornez-vous à savoir qu'il avait la pucelle D'Orléans pour aïeule en ligne maternelle. D'ailleurs son compagnon, compère et confident, Était un chien anglais, bon pour l'œil et la dent.