A PÉPA
Peut- être aux tendres confidences D'un cœur naïf comme le tien ; A ta robe, aux airs que tu danses ; Peut-être à moi» — peut-être à rien.
A JUANA
0 ciel ! je vous revois, madame, — De tous les amours de mon âme Vous le plus tendre et le premier.
Vous souvient-il de notre histoire ?
Moi, j'en ai gardé la mémoire ; — C'était, je crois, l'été dernier.
Ah ! marquise, quand on y pense, Ce temps qu'en folie on dépense, Comme il nous échappe et nous fuit !
Sais-tu bien, ma vieille maîtresse, Qu'à l'hiver, sans qu'il y paraisse.
J'aurai vingt ans, et toi dix-huit ?
Eh bien ! m'amour, sans flatterie, Si ma rose est un peu pâlie.
Elle a conservé sa beauté.
Enfant ! jamais tête espagnole Ne fut si belle, ni si folle. — Te souviens-tu de cet été ?
De nos soirs, de notre querelle ?
Tu \\\v donnai, je me rappelle,
A JUANA. 193
Ton collier d'or pour m'apaiser, — Et pendant trois nuits, que je meure, Je m'éveillai tous les quarts d'heure, Pour le Yoir et pour le baiser 1
Et ta duègne, ô duègne damnée 1 Et la diabolique journée Où tu pensas faire mourir, 0 ma perle d'Andalousie, Ton yieux mari de jalousie, Et ton jeune amant de plaisir I
Ah! prenez*y garde, marquise^ Cet amour-là, quoi qu'on en dise^ Se retrouvera quelque jour.
Quand un cœur vous a contenue^ Juana, la place est devenue Trop vaste pour un autre amour.
Mais que dis-je? ainsi va le monde; Comment lutMrais-je avec l'onde Dont les flots ne reculent pas?
Ferme tes yeux, tes bras, ton âmej Adieu, ma vie, — adieu, madame^ Ainsi va le monde ici-bas.
Le temps emporte sur son allé Et le printemps, et l'hirondelle/ Et la vie et les jours perdus;
Tout s'eu va comme la fumée, L'espérance et la renommée, Et moi qui vous ai tant aimée, Et toi qui ne t'en souviens plus !
SUZOxN
Hearau odnidont le ooeur ne dounde qa*iiii eœar, d qui ne désire ai parc à raaglaiae, ni opéra aerb, ni mnsiqae de Mozart, ai tableaux de Raphaël, ni éclipse de lune, nimûne ondair de lune, ni seines de roman, ni knr accompUsacBienl.
JBAN'PAUL.
Ce que j'écris est bou pour les buveurs de bière Qui jettent la bouteille après le premier verre : C'est l'histoire d'uu fou mort pour avoir aimé A casser une pipe après avoir fiuné.
Deux, muscadins d'abbés qui soupaient chez le pape.
Étant venus un jour à bout de se griser,
Lorsque pour le dessert ou eut tiré la nappe,
Dans un coin des jardins se mirent à causer.
L'un d'eux, nonmié Gassius, frappant sur sacalottet
Dit qu'en &it de maîtresse il était mal tombée
Ayant pour tout potage une belle idiote,
Qui s'appelait, je crois, la marquise de Bé
a Voilà huit jours, dit-il, que je ne sais qu'ta &ir6«
Et c'est une bégueule à vous porter en terre.
— La faute en est à toi, répondit \t second^
Si tu n'en tires rien. » L'autre dit : « Parbleu non !
Je n'ai pas le talent de réchauffer les marbres. »
Son ami là-dessus se mit à parler bas,
Très-vite et très-longtemps ; et tous deux sous les arbres
Disparaissant bientôt, ils doublèrent le pas.
Cassius reconduisit l'autre jusqu'à la porte,
Et demeura chez lui jusques au lendemain.
Il en sortit tremblant, une fiole à la main :
Et le jour qui suivit, sa maîtresse était morte.
Il se passa deux ans, durant lesquels Cassius^
Et son ami Tabbé ne se parlèrent plus.
Cassius se montrait peu, boudait, ne riait guère.
Buvait moins, maigrissait. L'autre, tout au contraire,
Bien poudré, l'œil au vent, les poches pleines d'or,
L'air impudent, taillé comme un tambour-major,
Possédant, en un mot, tout ce qui plaît aux i Loin de changer en rien, toujours près de ces dames. Toujours rose, toujours charmant, continua D'épanouir à l'air sa desinvoltura.
Tous les deux cependant menaient un train semblable, Et chez Sa Sainteté se rencontraient à table, A l'église, au bostou : ils se disaient deux mots, Se touchaient dans la main, et se tournaient le dos. Cela dura deux ans. Je viens de vous le dire, Cassius dépérissait, tombait de mal en pire. Arrivait à souper les cheveux dépoudrés, Arec un pied de rouge et des bas mal tirés.
Un beau soir de printemps, certaine demoiselle Arrivant de Paris vint chez Sa Sainteté. Cassius s'alla planter tout à coup derrière elle, Et resta là. Ceci ne fut point remarqué. Le feit est qu'elle avait des yeux à l'espagnole, L'air profondément triste et le pied très-petit. Du reste, elle était béte. — Enfin, lorsqu'on partit, Cassius, tout en suivant la belle créature. Vit son ami l'abbé qui cherchait sa voiture ; U lui saisit le bras si fort, que le tabac Qu'il offrait à quelqu'un sur le pied lui tomba. a Fortunio, dit-il, écoute. » Ils s'arrêtèrent Sur un banc des jardins : les autres s'en allèrent. Les vents du sud sifQaient sur leurs têtes, les cieux Étaient sombres. Cassius prit un ton furieux : a Un certain jour, dit-il, j'avaià cru qu'une femme Méritait mon mépris ; tu t'es moqué de moi. Et tu m'as répondu : Ne méprise que toi ! Ce que je m'efforçais de trouver dans son âme D'amour et de bonheur, c'est en la dégradant Jusqu'au rôle muet et vil de l'instrument, Que je sus le trouver sur un mot de ta bouche. J'attendais que du luth la corde retentit : Ce n'est point une corde, ami, c'est une touche, M'as-tu dit. Frappe donc. Une fenmie, une nuit... Je suivis ton conseil, que l'enfer entendit. Un philtre rassembla les forces de son être; Son pâle et triste amour, que je faisais peut-être Répandre goutte à goutte, avant que de mourir. Sur dix ou douze amants qu*il aurait pu nourrit.,
Déborda tout à conp comme un fleuve en furie,
Dont la digue est rompue et qu'a gonflé la pluie.
Je frappai la statue : une femme en sortit;
J'ouvris les bras, et bus sa vie en une nuit.
Ah! Fortunio, pourquoi n'as-tu commis qu'un crime?
Mais le peu de poison que ta main me versa
Ne fit qu'un assassin et non une victime...
—Et que veux-tu, dit l'autre, avec ces phrases-là?
Il faut que je m'en aille, ou que tu te dépèches.
— As-tu, reprit Gassius, encor de ce poison ?
— Moi ! tant que tu voudras, plein une boite à mèches.
— Écoute : cette fenune avait porté le nom
D'un autre ; elle avait eu des amants qu'on ignore. Je n'ai &it que presser ce qu'il restait encore De sève au cœur du fruit. J'en veux un aujourd'hui Fermé pour tous; pour moi (moi seul !) épanoui, Apres moi refermé. Je veux toute une vie. Et j'ajoute la mieime au marché.
— Ton envie, Répondit Fortunio, me sourit. Seulement Tu l'aurais pu d'abord dire plus simplement. Quelle est ta jeune fille? Il te la faut jolie; Sinon ton tour est sot et ne vaut que moitié. Ensuite il faut qu'elle ait pour toi quelque amitié. Au reste, je conviens, mon cher, que ton idée. Qui pourrait étonner un homme compassé.
Par la tête le soir m'a quelquefois passé. Au goût du jour, d'ailleurs, elle est accommodée. Lorsqu'un homme s'ennuie et qu'il sent qu'il est las
SDZON. 19*
De traîner le boulet au bagne d*ici-bas,
Dès qu'il se fait sauter, qu'importe la manière ?
J 'aimerais tout autant ce que tu me dis là
Que de prendre un beau soir ma prise de tabac ^
Dans un baril d'opium ou dans ma poudrièreT
— Eh bien ! cria Gatôius, marchons de ce côté. » Tous les deux à pas lents regagnèrent la rue.
(c Mais, dit Fortunio, le nom de ta beauté P
— Avançons, dit Gassius. Vois-tu cette statue ?
— Oui.
— Vois-tu ce portique entr*ouvert?Sa maison Est derrière.
— Et son nom ?
— On l'appelle Suzon. «
Les abbés là-dessus traversèrent la ville; Gassius chez son ami tomba pâle et défait, Tandis qu'à son tiroir l'autre, d'un air tranquille, Ayant tiré sa drogue, en sifflant l'apprêtait. K Ah çà ! dit Fortunio, tu connais donc ta belle De ton voyage eu France, ou comment t*aime-t-elle ? C'est la seconde fois ce soir que je la vois. '
— Moi, répondit Gassius, c'est la première fois.
— Gomment ? Que veux-tu faire alors de cette poiidre ?
— J'ai gagné deux laquais . nous avons arrêté Que Suzanne demain la prendrait dans son thé. Et quaud je devrais être écrasé de la foudre^
aoo POÉSIES.
Nous verrons qui rira, quand son palais désert Se trouvera le soir par mégarde entr*ouvert.
— Que dis-tu? reprit Fantre : abuser d'une fiemme Dont tu n*es point aimé ! Voler le corps sans l'âme ! G*est affreux, c'est indigne, et c'est moins amusant. Eh quoi ! parce qu'un jour un philtre complaisant L'aura jetée à bas et la laissera nue
Livrée au premier chien qui passe dans la rue,
Tu seras, toi, Gassius, content d*étre ce chien ?
Et tu détrôneras des sphères de lumière
La vertu d'une enfant qui, du ciel à la terre,
N*a que sa foi pour elle et ses bras pour soutien,
Pour te rouler sur elle une nuit dans ta fange,
Et te désaltérer sur les lèvres d*un ange
D'une soif de ruisseau ? Pitoyable insensé !
Est«^e donc pour cela que sa mère a passé
Tant de jours inquiets, tant de nuits d'insomnie?
Qu'elle-même ce soir sur son lit a prié.
Qu'elle a fermé sa porte, et pour l'autre moitié
Gardé jusqu'à seize ans la moitié de sa vie ;
Qu'elle a de sou amour enfermé le trésor
Gomme une fleur pudique eu sou calice d'or ?
Quand je t'ai conseillé de tuer une femme.
Elle t'aimait du moins . c'est là qu'est le bonheur,
G'est là tout. 0 Gassius ! n'étouffe pas ta flamme
Sous la cendre; crois-moi, cherche comme un plongeur
Gette perle qui dort dans la mer de son cœur.
— Et quand donc, dit Gassius, et de quelle manière Me /erai-je aimer d'elle? En baisant son talon?
En enrayant ma roue à l'étemelle ornière?
En me faisant son ombre? Ah! mordieu, c^est trop long.
Lui plairai-je, d'ailleurs ? La chance en est douteuse :
Elle aimera plus vite une fois dans mes bras.
Que la mort entre nous serve d'entremetteuse.
— Je Tois, dit Fortunio, que tu ne connais pas Le plus grand des moyens.
— Lequel?
— Le magnétisme.
— Bah! dit Gassius, tu ris.' Avec ton athéisme, Comment y croirais-tu ? Pour moi, je ne crois rien, Sinon ce que je vois.
— Ah ! dit l'autre, très-bien :
Tu crois ce que tu vois 1 0 raisonneur habile ! Et l'aveugle, à ton gré, que croira-t-il alors? Parce que l'on t'a feit à ta prison d'argile Une fenêtre ou deux pour y voir au dehors; Parce que la moitié d'un rayon de lumière Échappé du soleil dans ton œil peut glisser. Quand il n'est pas bouché par un grain de poussière, Tu crois qu'avec ses lois le monde y va passer! 0 mon ami ! le monde incessamment remue Autour de nous, en nous, et nous n'en voyons rien . C'est un spectre voilé qui nous crée et nous tue : C'est un bourreau masqué que notre ange gardien. Sais-tu, lorsque ta main touche une jeune fille. Ce qui se passe en elle, en toi ? Qu'en as-tu vu ? Qui te fait tressaillir lorsque son œil pétille? S'il ne se passe rien, pourquoi tres8a\\\ea-\w^
aoo POÉSIES.
Nous yerrons qui rira, quand son palais désert Se trouvera le soir par mégarde enlr'ouvert.
— Que dis-tu? reprit l'autre : abuser d'une femme Dont tu n'es point aimé ! Voler le corps sans Tâme ! C*est affreux, c*est indigne, et c'est moins amusant. Eh quoi ! parce qu*un jour un philtre complaisant L'aura jetée à bas et la laissera nue
Livrée au premier chien qui passe dans la rue,
Tu seras, toi, Gassius, content d'être ce chien ?
Et tu détrôneras des sphères de lumière
La vertu d'une enfant qui, du ciel à la terre.
N'a que sa foi pour elle et ses bras pour soutien.
Pour te rouler sur elle une nuit dans ta fange,
Et te désaltérer sur les lèvres d'un ange
D'une soif de ruisseau ? Pitoyable insensé !
Est«^;e donc pour cela que sa mère a passé
Tant de jours inquiets, tant de nuits d'insomnie ?
Qu'elle-même ce soir sur son lit a prié,
Qu'elle a fermé sa porte, et pour l'autre moitié
Gardé jusqu'à seize ans la moitié de sa vie ;
Qu'elle a de sou amour enfermé le trésor
Comme une fleur pudique en son calice d'or ?
Quand je t'ai conseillé de tuer une femme,
Elle t'aimait du moins . c'est là qu'est le bonheur,
C'est là tout. 0 Gassius ! n'étouffe pas ta flamme
Sous la cendre; crois-moi, cherche comme un plongeu
Cette perle qui dort dans la mer de son cœur.
— Et quand donc, dit Cassius, et de quelle manière Me ferai-je aimer d'elle? En baisant son talon?
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— Lequel?
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— Ah ! dit l'autre, très-bien :
yis ce que tu vois! 0 raisonneur habile! reugle, i ton gré, <pie croira-t-il alors? que l'on t'a fisiit à ta prison d'argile snétre ou deux pour y voir au dehors; que la moitié d'un rayon de lumière •pé du soleil dans ton œil peut glisser, l il n'est pas bouché par un grain de poussière, 3is qu'avec ses lois le monde y va passer! 1 ami ! le monde incessamment remue r de nous, en nous, et nous n'en voyons rien . an spectre voilé qui nous crée et nous tue : lin bourreau masqué que notre ange gardien . 1, lorsque ta main touche une jeune fille, i se passe en elle, en toi ? Qu'en as-tu vu ? i lait tressaillir lorsque son œil pétille ? î se passe rien, pourquoi tressaîUes-lu?
Quand Taigle, au bord des mers, aperçoit rhirondelle Et lui dit en passant, d*un regard He ses yeux, De le suivre, as-tu vu ce qui se passe entre eux? S'il ne se passe rien, pourquoi donc le suit-elle ? Eh quoi ! toi confesseur, toi prêtre, toi Romain, Tu crois qu'on dit un mot, qu'on fait un geste en vai Un geste, malheureux ! tu ne sais pas peut-être Que la religion n'est qu'un geste, et le prêtre Qui, l'hostie à la main, lève les bras sur nous, Un saint magnétiseur qu'on écoute à genoux ! Tu crois ce que tii vois! toi qui, dans la nuit sombri Portes rétole blanehe et vas ^asseoir dans roml)re Des confessionnaux, pour tenir dans ta main La tète d'une enfant qui t'appelle son père, Qui te dit des secrets qu'elle cache à sa mère. Et de ce qui se fait à l'ombre du saint lieu Ne peut en appeler à rien, pas même à Dieu ! Quand Christus renversa les idoles de Rome, Il avait vu (piel pas restait à faire encor. Et c[u*à qui veut donner l'homme pour maître à l'homir Un caveau verrouillé vaut mieux qu'un trépied d'or. C'est ce pouvoir, ami, c'est ce nœud redoutable De l'aigle à l'hirondelle et du prêtre à l'enfant, Qui fait que l'homme fort doit briser son semblable Contre sa volonté de fer qui le défend.
Essaye, et tu verras. Quand la nuit solitaire Sur son cilice d'or s'assoira sur la terre. Laisse évoquer le diable au bouvier du chemin, Qui veut faire avorter la vache du voisin ;
oque ton courage et le sang de tes veines, n amour et le dieu des volontés humaines ! nètre dans la chambre où Suzon dormira ;
la réveille pas ; parle-lui, charme-la ; •nne-lui, si tu veux, de l'opium la veille.
main i ses seins nus, ta bouche à son oreille ; itour de tes deux bras roule ses longs cheveux, isse-toi sur son cœur, et dis-lui que tu veux ntends-tu ? que tu veux !) sur sa tête et sous peine
mort, qu'elle te sente et qu'elle s'en souvienne ; ïsse-la quelque part, mêle à son sang ton sang ; e la marque lui reste et fais-toi la pareille, mporte i quelle place, à la joue, à l'oreille, arvu qu'elle frémisse en la reconnaissant.
lendemain sois dur, le plus profond silence, eil ferme, laisse-la raisonner sans effroi, dès la nuit venue arrive et recommence, it jours de cette épreuve, et la proie est à toi.
Je le veux, dit Gassiiis, et la pensée est bonne, tte nuit je commence, et l'attache i la croix it jours à tout hasard, çt que Dieu lui pardonne ! »
rtunio se trompait, il n'en fallut que trois, quatrième jour Sipon vint à confesse ; derrière un pilier, caché dans l'ombre épaisse, tsius de son amour surprit l'aveu fatal, lit à Fortunio : « Ton conseil infernal nne déjà son fruit : sa porte d'elle-même luvrira maintenant, car je sais qu'elle m'aime.
— Frappe donc! reprit Tautre.
— A ce soir.
— A ce soir. »
Au coucher du soleil Gassius revînt le voir. « Viens souper, lui dit-il ; il me reste une somme De quarante louis dans ma poche. Un autre homme. Ou plus sage ou plus fou que moi, la donnerait A quelque mendiant ; allons au cabaret. «
C'était par une nuit magnifique et sereine,
Où les vents embaumés frémissaient dans la plaine ;
Et les grillons du soir, sous le pied du passant.
Chantaient dans la rosée aux feux du ver luisant;
La lune, à son lever, sur la cime des arbres
Balançait mollement les ombres des saints marbres ,
Et plongeait dans le fleuve aux flots étiucelants
Des lourds dieux de granit les colosses tremblants.
Dans le coin enfumé d'une auberge malsaine
Les abbés sur la table avaient croisé les bras.
<c Eh bien I cria Crassius, ne chanterons-nous pas ? »
Et, vidant d'un seul trait une bouteille pleine :
(c Allons, abbé, dit-il, un toast à ma Suzon I »
11 se leva, lança son assiette au plafond.
Et se mit à chanter d'une voix triste et pure :
Si Lilla voulait me promettre De m'ouvrir quand la nuit viendra, Je l'épouserais bien sans prêtre.
Quitte à sauter par la fenêtre Quand sa mère s'éveillera.
Sommes-Doiu donc de vieilles femmes Qui toujours tremUent pour leurs os Et, de peur du diable et des flammes, Attendent que leurs vieilles Ames Sortent par dégoût de leurs peaux f
Moi, sur la planche de ma bière, Je sonperais avec Lilla.
Par la fressure du saint-père 1 Un homme peut casser son verre, Quand il a bu de ce vin-là.
lel a-t-il fait faire un pacte à la nature l'homme, ou rit-il comme un malin esprit d il voit un tombeau qui s'entr'ouvre et sourit? is vent de minuit, dans l'étemel silence, porta. si gaiement du pied d'un balcon d'or oupirs de l'amour à la beauté qui dort, orsque les abbés, h^onnant leur romance, bruyère sèche en se tenant le bras, ur œuvre sans nom marchèrent à grands pas.
lemain dans Rome il courut la nouvelle main inconnue avait tué Suzon, 1 avait trouvé sur le pied d'une échelle qui dormait au seuil de la maison.
jour un fou qui blasphème et mendie eoir quelquefois, à l'heure du sommeil, zaronis étendus au soleil ; le tout bas, les frotte et parodie Vun derviche et d'un magnétiseur; il les éveille, il les frappe en îwewx.
C'est Gassius qui survit à Suzou : sa victime Lui mourut dans les bras trop tôt pour l'assouvir ; Et lui, resté tout seul à la moitié du crime, Sur le pavé de Rome achève de mourir.
 Mmk N. MÉNESSIËR
)UI AVAIT MIS EK miSIQUE DES PAROLES DE L'AUTEUR.
ne, il est heureux, celui dout la peusée le fut de plaisir, de douleur ou d'amour) servir de sœur à la vôtre un seul jour, ne dans votre âme un instaut est passée ,
re de sou cœur un soir s*est arrêté, y* qu'un pèlerin sur le seuil enchanté ;rveilleux palais tout peuplé de féeries ns leurs voiles blancs dorment vos rêveries.
porte que bientôt, pour un autre oublié, s lèvres de pourpre il se soit envolé le Toiseau léger s'envole après l'orage ? u'il a repassé le seuil mystérieux, !vres l'ont doré, dans leur diviu langage, D'un sourire mélodieux.
'Novembre I8«i