‹ PoésiesChapitre 39 sur 142 · PENSÉES DE RAFAËL. U · texte numérisé non relu

PENSÉES DE RAFAËL. U

Notre àme (si Dieu veut que uous ayons uiie âme)

N'est pas asurémeot uue plus douce flamme,

Un feu plus vif, formé de rayous plus ardents,

Que ce sylphe léger qui plonge et se balance

Dans le bol où le punch rit sui; son trépied d*or.

Le grog est fashionable, et le vieux vin de France

Réveille au fond du cœur la gaieté qui s'endort.

— Mais quel homme, fût-il né dans la Sibérie

Des baisers engourdis de deux êtres glacés;

Eût-il sous un cilice étoufle de sa vie

La sève languissante et les germes usés ;

Se fût-il dans la cendre abreuvé dès l'enfance

De végétaux sans suc et d'herbes sans chalein* ;

Quel homme, au triple aspect du punch, du vin de France,

Et du cigarero, ne sentirait son cœur,

Plein d'une joie ardente et d'une molle ivresse,

S'ouvrir au paradis des rêves de jeunesse.?...

Reine, reine des cieux, ô mère des amours,

Noble, pâle beauté, douce Aristocratie !

Fille de la richesse,., ôtoi, toi qu'on oublie,

Que notre pauvre France aimait dans ses vieux jours !

Toi que jadis, du haut de son paratonnerre.

Le roturier Franklin foudroya sur la terre

Où le colon grillé gouverne en liberté

Ses noirs, et son tabac par les lois prohibé ;

Toi qui créas Paris, tuas Athène et Sparte,

Et, sous le dais sanglant de l'impérial pavois,

Comme autrefois César, endormis Ronaparte

Aux murmures lointains des peuples et des rois ! -

Toi qui, dans ton printemps, de roses courowwèe.^

Kt, comme Iphigénic à l'autel eiitrainée,

Jeune, tombas frappée au cœur d*uu coup moitei...

— As-tu quitté la terre et regagué le ciel ? Nous te retrouveroris, perle de Giéopàtre, Dans la source féconde, à la teiute rougeâti*e, Qui dans ses flots profonds un jour te coasuma...

K Hc! hé ! dit une voix, parbleu ! mais le voilà.

— Messieurs, dit Rafaël, entrez, j'ai fait un somme.

CHANSON

J'ai dit à mon cœur, à mon faible cœur : N'est-ce point assez d'aimer sa maîtresse? Et ne vois-tu pas que changer sans cesse, C'est perdre en désirs le temps du bonheur?

Il m'a répondu : Ce n'est point assez, Ce n'est point assez d'aimer sa maîtresse ; Et ne vois-tu pas que changer sans cesse^ Nous rend doux et chers les plaisirs passés ?

J'ai dit à mon cœur, à mon faible cœur : N'est-ce point assez de tant de tristesse ? Et ne vois-tu pas que changer sans cesse, C'est à chaque pas trouver la douleur?

Il m'a répondu : Ce n'est point assez, Ce n'est point assez datant de tristesse; Et ne vois-tu pas que changer sans cesse Nous rend doux et chers les chagrins passés ?

APÉPA

Pépa, quand la nuit est venue, Que ta mère t'a dit adieu ; Que sous ta lampe, à demi nue, Tu t'inclines pour prier Dieu ;

A celle heure où l'âme inquiète Se livre au conseil de la nuit ; Au moment d'ôter ta cornette , Et de regarder sous ton lit;

Quand le sommeil sur ta famille Autour de toi s'est répandu; 0 Pépita, chaimante fille, Mon amour, à quoi penses-tu ?

Qui sait ? Peutrétre à Théroïnc De quelque infortuné roman ; A tout ce que l'espoir devine Et la réalité dément;

Peut-être à ces grandes montagnes Qui n'accouchent que de souris; A des amoureux en Espagne , A des bonhoiis, à de.s maris ;

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